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Après avoir enfin mangé la Western States 100, dévorera-t-il l’UTMB cette année ?

Interview réalisé par Gaël Couturier par téléphone le 1er Août. Photos © Frank Maxwell, G.Meuli, 9mind Asylum, Hoka One One.

Jim Walmsley est un drôle de personnage. Nous en avons déjà parlé. Nous avons eu la chance de faire son interview en exclusivité pour vous il y a quelques jours. Après deux échecs successifs et cuisants sur la Western States 100 en Californie, Jim a finalement trouvé la clé pour s’imposer et au passage battre François D’Haene, l’un des meilleurs coureurs d’ultra trail actuels. Dans quelques jours, Jim Walmsley tentera de battre Kilian Jornet à l’UTMB, à Chamonix, une autre course qui fait rêver le jeune Américain. Cette interview est une pépite car Jim Walmsley est une star, une star pressée. Enjoy.

Jim Walmsley

Gaël Couturier : Bravo pour cette Western States 100 Jim, qui s’est déroulée le 23 juin dernier et que vous avez remporté en 14h30’04 », écrasant par là l’ancien record de Timothy Olson (14h46’44 » réalisé en 2012), et battant notre champion français François D’Haene. Quand nous nous sommes parlé avant la course, vous sembliez confiant, vous parliez de la victoire à venir et vous avez vaincu. Respect. Franchement bravo. Je vous prenais un peu pour un hurluberlu – je n’étais pas le seul – mais vous m’avez cloué le bec. Rien à redire. Pour ceux qui n’étaient pas présents en Californie, la seule manière de suivre la course c’était sur Twitter, notamment via le très bon feed d’iRunFar. Pouvez-vous nous raconter brièvement comment s’est déroulée cette journée ? Est-ce que la victoire était facile à aller chercher ? Alliez-vous aussi vite que vous le vouliez ? Avez-vous traversé des moments difficiles ? Vous êtes-vous senti en danger à certains moments, notamment par François ? On veut tout savoir….

Jim Walmsley : Ah vous savez, mes sensations pendant la course ont plus ou moins toujours été les mêmes : j’étais tout le temps bien, et je n’ai pas eu de problèmes particuliers, ce qui d’ailleurs était quand même assez étrange, il faut bien le dire. Ma nutrition était au top également. Non, vraiment, tout s’est hyper bien passé.

Jim Walmsley

Gaël Couturier : Oui, j’ai vu ! Bon, mais à propos de la nutrition justement, un de vos points faibles si je peux me permettre, aviez-vous changé quelque chose par rapport aux années précédentes où, justement, ça ne s’était pas toujours passé comme vous le vouliez ? Pour mémoire, Jim, sur cette même Wester States 100, alors que vous étiez pourtant en tête, vous aviez quand même fini littéralement dans le fossé en vomissant vos tripes devant tout le monde avant d’abandonner.

Jim Walmsley : Oui. C’est vrai. Mais cette année, j’ai mieux géré mon allure. Et donc j’avais un mélange que Cliff m’avait préparé spécialement pour cette course. Il a fait très chaud donc le dosage de sucre était différent. Le gel en question avait moins de calories, il était moins concentré, plus liquide. Chaque fois que j’en prenais, ça m’hydratait bien davantage. C’était tout l’intérêt. Et puis ils avaient aussi retiré le parfum, le goût quoi. C’était donc beaucoup plus simple à ingurgiter car si mon estomac me permettait de boire de l’eau, alors il me permettait aussi d’ingurgiter ce mélange-là, sans avoir la nausée ou le ras le bol du goût sucré. C’était une excellente initiative car, je le répète, il a fait très chaud si vous vous souvenez.

Gaël Couturier : Pour revenir à la course en elle-même : n’étiez-vous pas obsédé par le record de Timothy Olson ? Vous l’étiez l’an passé si je me souviens bien.

Jim Walmsley : Oui mais pas cette année. Disons que c’est venu peu à peu. J’avançais bien, très bien même, comme je vous l’ai dit. Je sentais que je pouvais faire quelque chose mais c’est seulement autour du mile 90 (km 144) que je me suis rendu compte que je n’étais pas loin du record de Timothy Olson. Ce n’est donc vraiment que sur la fin que je me suis mis à y penser. Contrairement à l’an passé où je m’étais donné comme objectif de battre le record, je voulais avant tout me sentir bien dans la course cette année.

Jim Walmsley
Jim Walmsley
Jim Walmsley

Gaël Couturier : Au départ, vous étiez avec François d’Haene et Erik Clavery, non ?

Jim Walmsley : Oui, c’est ça. On était ensemble au premier ravitaillement et puis François, environs un km après le premier ravitaillement, s’est arrêté pour une pause-pipi très rapide. Et puis ça a été le tour d’Erik. Alors je suis parti. Moi, un des plus grands regrets par rapport à l’UTMB l’an passé, c’est d’avoir trop attendu les autres, de ne pas avoir su profiter de mon avance sur la première partie de la course. Et comme cette course de Western States 100 est ma préférée – elle est comme faite pour moi, pour mes qualités – et bien je n’ai pas hésité à partir cette fois. J’ai fait la course en tête du début à la fin. Même s’il ne se sont arrêtés que pendant une ou deux minutes, je me suis dit : « ils vont devoir bosser pour rattraper cette minute ou deux de retard car je ne vais pas leur en faire cadeau ! ». 10 km plus tard, je crois me souvenir d’avoir vu François derrière moi, au loin. Mais après ça, je ne les ai plus jamais vus. J’avais suffisamment confiance en moi pour rester en tête tout seul de toute façon, à cette allure rapide qui me correspond bien.

 

Gaël Couturier : Génial ! Donc ça vous plaît d’être en tête alors maintenant ?

 

Jim Walmsley : Non mais attendez, c’est pas vraiment nouveau. C’est juste que sur l’UTMB, je n’ai pas osé le faire, c’est tout. J’avais peur de me retrouver seul la nuit, de me perdre, je sais pas… Mais oui, franchement, ça me plaît bien. Vous savez, après mes deux échecs à WS100, les deux fois j’étais en tête et ça ne s’est pas bien passé. Les deux fois j’ai laissé échappé la victoire, je suis assez fier aujourd’hui d’avoir osé refaire exactement la même chose. Comme quoi ça finit par payer ! Disons que c’était une bonne journée, une de ces journées où les choses se passent exactement comme vous l’aviez prévu. Ça a fait click. Tout était réglé comme du papier à musique. J’ajoute que c’était aussi sans doute l’année la plus chaude depuis plus de 45 ans !

 

Le parcours a été pour la première fois couru en 1972 mais la course telle qu’on la connaît aujourd’hui a été officiellement lancée en 1978, ndlr.

 

Jim Walmsley

Gaël Couturier : Oui Jim, mais, entre nous, on sait bien aussi que c’est ce que vous préférez la chaleur…

 

Jim Walmsley : Vous avez raison. J’aime quand il fait chaud. Mais la chaleur, ce type de grosse chaleur je veux dire, ça n’avantage vraiment personne en réalité, surtout pour battre un record ! Le matin de la course, les températures étaient un peu plus fraiches que l’an passé mais après, c’est très vite monté dans les tours, avec une chaleur plus sèche que l’an passé aussi d’ailleurs. Du coup, quand on s’aspergeait d’eau, autant vous dire que ça s’évaporait bien ! On se mouillait pour se rafraichir et très vite nos maillots étaient secs. C’est plus agréable que se coltiner un maillot mouillé pendant des heures, et c’est aussi ce qui a contribué à nos superbes chronos, à Courtney Dauwalter qui a gagné chez les femmes, et à moi. Enfin je pense.

 

Gaël Couturier : Donc ce n’est pas parce que vous aviez notre français François qui vous collait aux fesses ? #déception #soupir.

 

Jim Walmsley : Ah ah, non je ne crois pas. Désolé ! (rires). Bon, allez, j’avoue. Je n’avais pas de pacer cette année, mais je me doutais bien que François me collait au train. Je savais aussi que mes copains du team Coconino Cowboy, Tim Freriks, Cody Reed et Eric Senseman étaient derrière moi et eux aussi me prenaient en chasse ! (Voir https://www.walmsleyruns.com/coconino-cowboys, ndlr).

 

Bon, après j’ai su qu’ils avaient eu quelques difficultés pendant la course…(rires). C’est vrai qu’avec mes deux ratés des années passées, et aussi le fait que je n’avais pas de pacer cette année, j’étais quand même tenté d’être plus conservateur dans ma façon de courir. Je ne voulais pas me griller, faire n’importe quoi. Passés les 40 premièrs miles (64 km), ou les cinq premières collines disons, j’ai compris que j’étais dans un bon jour, que mes jambes étaient là, qu’elles répondaient bien. Ma foulée restait souple quel que soit le terrain, côte, plat ou descente, et c’était un très bon signe. C’était le signe que je gérais bien, que je n’en faisais pas trop, comme l’an passé par exemple. Une fois sur la fin de la course, j’étais vraiment très excité d’être là. Les prédictions que j’avais faites sur mes temps de passage étaient basées sur un jour de grosse chaleur comme celui-ci et j’étais donc bien dans les clous, serein. Je suis resté concentré du début à la fin, j’avais de l’énergie du début à la fin et puis, je le répète, ma nutrition était optimale donc tout s’est bien passé voilà.

 

Jim Walmsley

Gaël Couturier : Je vois. Alors dites-nous maintenant comment fait-on pour récupérer d’un jour comme celui-là ? Il a fait très chaud, vous le disiez, et les organismes souffrent beaucoup sur ce genre de course, même si dans le cas de la Western States, il n’y a pas autant de dénivelé que sur une grosse course de montagne comme l’UTMB ou la Hardrock 100 par exemple.

 

Jim Walmsley : Écoutez, pour être franc, ma récupération n’a pas été idéale. Du moins, elle n’a pas été optimale pour attaquer l’UTMB dans les meilleures conditions.

 

Gaël Couturier : Vous nous faites peur là. Qu’est-ce qui s’est passé ?

Jim Walmsley : Disons qu’il y a eu une semaine où j’étais « down », où je n’étais pas bien. J’ai couru 20 miles (32 km) peu après la WS100, mais très lentement. Je pense que le principe pour bien récupérer après ce type de longue course, c’est de ne surtout pas faire d’intensité. Il faut essayer de rester dans la simplicité aussi je crois, ne pas vouloir absolument trop en faire. Je suis plus ou moins tout de suite parti dans le Colorado, en montagne, à Silverton. J’y suis pour préparer mon UTMB. Je campe, dans une tente, avec un vague matelas de camping sur le sol, sans réseau téléphonique, à plus de 3000 m d’altitude. J’y suis en ce moment même où je vous parle, et je suis venu là pour six semaines d’entraînement intensives. Il me reste une dizaine de jours avant de rentrer chez moi, à Flagstaff, Arizona, et puis venir chez vous, à Chamonix. 

Gaël Couturier : Bon, d’accord, mais ça m’inquiète ça Jim que vous ne soyez pas parfaitement remis de votre WS100….

Jim Walmsley : On verra mais ce qui est sûr c’est que tout devra bien se goupiller à l’UTMB. Je n’ai pas le choix. Je suis comme tout le monde, hormis Kilian Jornet qui visiblement peut se permettre d’enchaîner toujours plus de courses les unes après les autres. À mon avis, Kilian néglige cette partie, la récupération. Pour moi, la récupération, la santé et les nouveaux entraînements que j’ai mis au point, tout doit parfaitement se combiner pour faire ce que je veux faire à l’UTMB. Jusqu’à présent, j’ai eu de la chance : les choses se passent comme prévu. Je suis d’ailleurs, là début août, dans mes semaines les plus chargées.

 

Gaël Couturier : C’est combien de km par semaine votre truc en ce moment alors ?

Jim Walmsley : Environs 130 miles par semaine (210 km, ndlr) avec plus de 50 000 feet de dénivelé (plus de 15 000 m de dénivelé, ndlr). C’est un rythme que je tiens sur quatre semaines. Et les deux dernières semaines avant l’UTMB, j’ai 30 et 32h d’entraînement à réaliser.

 

Gaël Couturier : Et vous vous sentez comment du coup ?

Jim Walmsley : Fatigué.

 

Jim Walmsley
Jim Walmsley

Gaël Couturier : Mais si je comprends bien vous voulez quand même toujours gagner l’UTMB…je me trompe ?

Jim Walmsley : Oui, bien sûr que je veux encore gagner l’UTMB ! Le truc avec Western States 100 vous voyez, c’est que c’est comme une page qui se tourne, ou un livre qui se ferme, comme vous préférez. Ce que je veux, c’est mettre un terme à mon histoire douloureuse avec WS100. Ça  dure depuis trois ans et ça vient enfin de bien se terminer. Donc ça y est, c’est derrière moi. Maintenant je veux arriver à l’UTMB en ayant faim, très faim, avec de l’envie, en étant prêt à donner le meilleur de moi-même et à saisir toutes mes chances. Je veux gagner. Tout ce que je fais en ce moment a un lien avec l’UTMB. Tout ce que je fais, je le fais avec l’UTMB en tête, en ligne de mire même. Je ne pense plus à la Western States 100. C’est derrière moi. C’est pour ça que je n’arrive pas trop à bien analyser ce qui s’est passé. C’est fini tout ça. Je regarde devant maintenant et je fais tout ce que je peux pour être le premier Américain à m’imposer sur cette épreuve en France. Car comme vous le savez, c’est encore quelque chose qui n’a pas été réalisé par les hommes américains et j’aimerais beaucoup être le premier.

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