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La Ricochet est beaucoup plus technique (et exigeante) qu’elle n’y paraît.

Par la rédaction, avec Andrea Scaramuzza et Gaël Couturier. Photos © Brooks, Lacerations.

282g (H), 261g (F)
Hauteur talon de 18 mm
Hauteur avant-pied / métatarses de 10 mm
Drop de 8 mm
140€

Brooks Ricochet
Brooks Ricochet
Brooks Ricochet

Pour réduire les chocs, les micro-traumatismes inévitables de notre sport, et préserver ainsi notre intégrité physique sur les plus longues distances, économiser nos efforts musculaires à moyen et à long terme, il faut un équilibre rare, une performance technologique de haut niveau capable d’accompagner nos foulées, aussi parfaites ou malhabiles soient-elles. Après nous avoir régalés avec la Levitate en fin d’année dernière – nous avions testé la bête comme des damnés (http://leblog.enduranceshop.com/brooks-levitate-produit-miracle/) – voici la toute dernière création venue de Seattle, du siège de Brooks, dans l’état de Washington, Nord-Ouest des USA. Elle s’appelle Ricochet et emprunte à sa grande sœur une partie de sa semelle intermédiaire en DNA Amp. DNA Amp, DNA Amp… ???? Oui, mais si, souvenez-vous : c’est bien sûr un terme de marketing mais ça veut dire ADN amplificateur. En gros. Autrement dit ? Et bien, autrement dit, ça veut dire que la semelle intermédiaire devrait amplifier naturellement l’énergie délivrée par votre foulée. Vous attaquez le sol et compressez la semelle intermédiaire. Jusque là rien de compliqué. En retour, la chaussure, comme toute chaussure de course à pied, offre un certain taux de retour d’énergie. Vous suivez. Mais ce DNA Amp offre lui, selon la marque, un taux de retour d’énergie supérieur à ses concurrentes. Un taux record même. 72%. Ah oui. Quand même. Et ça sert à quoi tout ça ? Et bien ça sert notamment à vous économiser pour les foulées suivantes. Essentiel donc. Autrement dit, voilà un système qui non seulement va vous protéger comme n’importe quel amorti mais va également vous aider à rebondir plus efficacement, plus rapidement, plus économiquement. Plus loin, plus haut, plus longtemps en somme. À faire des ricochet sur le bitume quoi. Le rêve. Ricochet, ricochet…plutôt que d’être un petit caillou comme les autres qui rebondit sur l’eau sur deux trois coups, cette Ricochet-là ne serait-elle pas plutôt un gros pavé dans la marre qui bouscule tout sur son noble passage ? Nous avons mené l’enquête.

Nous avons donc réalisé un premier test sur une petite centaine de km en une semaine et demi. Voici donc notre premier retour. Nous poursuivons actuellement le test pour aller voir plus loin, car ce modèle nous a pas mal séduits mais a également soulevé quelques questions, notamment sur le profil de coureur à qui il se destine plus particulièrement.

Brooks Ricochet
Brooks Ricochet

La tige

À elle seule, c’est une petite révolution, du moins pour Brooks. Elle est en matière dite Fit Knit. C’est un tricot léger, à priori simple, souple et respirant que l’on a plus ou moins déjà vu chez d’autres marques, avec un nom parfois très proche, et qui avait été lancé en premier par Nike, la marque de…Portland (Oregon, côte Nord-Ouest toujours) et puis repris par Skechers, entre autre. Devant les qualités évidentes d’une telle matière, il est bien normal que d’autres s’en emparent. Ce tricot, donc, est doux, très souple aussi. À l’intérieur, le pied est parfaitement tenu mais jamais compressé. Rien ne frotte, rien ne gêne, c’est assez génial ! On le note.

Brooks Ricochet
Brooks Ricochet

Notons aussi que cette tige est constituée de deux ensembles principaux. Il y a l’avant-pied et la partie arrière, composée essentiellement du talon et son collier de cheville. Celle-ci descend d’ailleurs plus bas que ce à quoi nous avait habitués Brooks.

L’avant-pied est souple. Normal : il faut laisser vos (gros) orteils de la place pour s’exprimer et Brooks n’a de toute façon jamais présenté de souci question largeur de son chausson, d’autant que la matière utilisée ici est, une fois de plus, très élastique. Notez quand même que notre testeur a les pieds fins, que c’est un habitué des tests Brooks et qu’il vaut quand même mieux essayer la chaussure en magasin avant de vous fixer sur une taille précise.

Le talon maintenant. Tout talon se doit d’être maintenu lors de la foulée. Bien bien. Mais celui de cette Ricochet fait un peu son rebelle. Sous ses airs libertaires, très « free », il est en fait plein de rigidité. Un peu trop ? Hum…peut-être oui. Enfin disons qu’il est en réalité très présent et que, vu sa relative hauteur,  cela pourrait surprendre. À voir avec le temps si en « cassant » un peu la chaussure à force de courir, celui-ci s’assouplit. Mais, au départ, c’est une nouvelle sensation.

Brooks Ricochet

C’est rembourré à souhait grâce à un mélange de fine maille, d’épaisseur de mousse interne. Quand à ce petit tricot haut du collier de cheville, il permet de porter la chaussure pied-nu sans crainte d’irritation. Quant à la languette, là encore pas de mauvaise surprise : elle est souple, légère, épaisse à souhait et ne glisse pas pendant la course. C’est ce qu’on lui demande. Tout ceci est excellent, prometteur, efficace…. les mots nous manqueraient presque ! Un mot rapide sur les lacets pour terminer : leurs neuf oeillets de chaque côté sont tous renforcés par une fine lame de plastique souple. Ça ne change pas la tenue ni le confort du pied mais ça renforce la solidité du mesh. Le dernier oeillet monte un peu haut. Il ne gêne pas, car tout est souple. Cette réalisation est donc un vrai succès.

Brooks Ricochet
Brooks Ricochet
Brooks Ricochet

La semelle intermédiaire

Gros morceau. Gros morceau car synergie intéressante entre deux concepts forts de chez Brooks : le BioMoGo DNA, qui est spectaculaire mais pas totalement nouveau, et le DNA Amp qui, lui, est neuf et franchement très technique. C’est sur ce mix étonnant (explosif ?), véritable système hybride bien alléchant, que nous reviendrons dans un second retour de test, car il est fortement novateur et requiert une attention particulière afin de confirmer, ou d’infirmer, nos premières impressions. Quoi qu’il en soit, voici notre premier avis.  

Pour mémoire, souvenez-vous que le BioMoGo DNA est le système d’amorti de Brooks depuis déjà plusieurs années. Son principe est simple et efficace : il s’adapte à vous. Si si : à vous. Autrement dit, plus vous mettez de pression dans votre foulée, plus vous mettez d’énergie lors de votre attaque au sol, plus la mousse DNA (ADN en français) va vous amortir. C’est la théorie. Et on vous en parlait déjà ici : http://leblog.enduranceshop.com/admirable/

En pratique, la matière caoutchouc de la semelle réagit à la pression qui lui est mise au niveau moléculaire en dispersant l’onde de choc et en reprenant rapidement sa forme initiale. C’est ce qu’on appelle la résilience de la matière.

Quant au BioMoGo, là aussi, c’est une innovation de Brooks qui permet aux matériaux utilisés d’être biodégradables. Brooks avance même que ce matériau se dégrade 50 fois plus vite qu’un EVA classique. Et ça, c’est bon pour la planète. Et là, magie, #wefallinlove.

Brooks Ricochet

En ce qui concerne nos ressentis sur le terrain, on va vous le dire tout de go : la chaussure est plus typée compétition qu’elle en a l’air. Plus légère que la Levitate, elle est toutefois moins souple et moins rapide qu’une Launch. Logique ? Oui, logique, mais disons que la Ricochet fait une promesse formidable – à peine chaussée, elle donne envie d’envoyer « grave » – et cette promesse peut, si l’on y prend garde, apporter un peu de frustration au coureur débutant. Car cette Ricochet, voyez-vous, est un peu plus dure en semelle que ce que nous avions imaginé au départ. Il faut apprendre à la dompter. Elle ne demande qu’à «envoyer » toujours plus fort et c’est la clé pour bénéficier de cet effet de…ricochet. Ça nous plaît, oui, mais l’effort musculaire nécessaire est réel et ne conviendra pas à un coureur inexpérimenté, blessé ou fatigué. Il ne faut donc pas s’attendre à ce que ça marche tout seul. Autrement dit, c’est comme conduire une Ferrari : ce n’est qu’une fois maîtrisée que vous vous faîtes vraiment plaisir.

Pour nous, donc, le mix inévitable (on était sûr que Brooks nous mijotait un truc dans le genre) entre ces deux formes de DNA, le BioMoGo DNA et le DNA Amp, est une réussite. Oui, c’est énergique. Ça pulse même ! Oui, c’est agréable. Mais seulement, et seulement si, on le répète, vous êtes un bon coureur ou un coureur en forme, motivé, et qui veut se lancer dans un entraînement sérieux pour une belle performance chronométrique. À vitesse lente, si vous êtes en petite forme, un brin fainéant, la Ricochet sera rebelle et ne r-e-b-o-n-d-i-r-a pas tant que ça. Et donc sa semelle ne sera pas si agréable.

Vous nous direz, c’est normal, quand on lance un caillou dans l’eau sans y croire, et bien il coule. Il ne fait pas de…ricochet. Et non. Voilà. On vous aura prévenu. Il faut du muscle, un beau mouvement ! Cette semelle intermédiaire est faite pour développer de la puissance, pour « envoyer du gros », pas pour jouer les petits bras.

Brooks Ricochet

Un dernier mot sur le poids de la chaussure. Car c’est un point déjà noté avec la Levitate, que nous avions trouvée un peu trop lourde, surtout pour des coureurs légers ou les courtes distances (http://leblog.enduranceshop.com/brooks-levitate-produit-miracle/). Il mérite qu’on s’y attarde encore un peu. Avec ces 282g pour les hommes et 261g pour les femmes, la Ricochet est un poil plus lourde que la toute dernière Launch 5 (255g pour les hommes et 235g pour les femmes). C’est le poids du mix BioMoGo DNA et  DNA Amp. Car si la Launch 5 possède assez d’amorti  pour vous accompagner sur des distances moyennes à longues (et pourquoi pas ?), nécessitant plus d’amorti, elle n’apporte certes pas le même rebond, le même dynamisme plus performant que cette Ricochet. La contrepartie du poids en vaut la peine à notre avis. Et puis, enfin, soyons réalistes, honnêtes : ce ne sont pas quelques dizaines de grammes qui vont faire la différence sur un semi, un marathon ou un 100 km. Nous ne sommes pas tous élites, Kenyans ou Éthiopiens, capables de passer sous les 2h02′ sur 42,195 km. N’est-ce pas ?

Alors voilà, ces 7 ans de R&D, recherche et développement, qui ont été nécessaires à Brooks et à BASF (autre marque US spécialisée dans la chimie industrielle) pour arriver au DNA Amp n’ont certainement pas été vaines. Car si la Levitate pêchait un peu par son poids, la Ricochet c’est THE bon mix. Et on la recommande. Vivement. D’autant que Brooks n’a sans doute pas fini de proposer des nouveaux modèles construits avec un peu, beaucoup (passionnément, à la folie) d’DNA Amp un peu partout dans ses semelles intermédiaires.

Brooks Ricochet

La semelle externe

Parlons vite parlons bien. On retrouve ici le même design que sur notre bonne copine la Levitate : ce chevron, cette flèche que nous avions déjà bien appréciée pour ses qualité de souplesse et d’accroche, et qui doit permettre des transitions plus rapides (de l’attaque talon au décollement avant-pied). Concernant son usure ou sa tenue sur sol mouillé, on vous donne rendez-vous d’ici une semaine ou deux pour la suite de ce test.

Brooks Ricochet

Conclusion

L’équation de l’amorti et du dynamisme en même temps est difficile à résoudre, et toutes les marques de running planchent dessus ardemment. La Ricochet serait-elle la réponse ? Pour le moment, c’est « oui » car la chaussure est superbe, réactive à souhait, même si elle demande un petit temps d’adaptation pour une conduite de folie. Avec la Ricochet, au moins les choses sont claires. BioMoGo DNA + DNA Amp = de longues distances en toute sérénité. Affaire à suivre. Stay tuned sauvages.

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