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Marathon de Chicago : regardez bien.

Par la rédaction, avec Gaël Couturier. Photos © Bank of America Chicago Marathon & Abbott WMMajors‏.

On a demandé à notre spécialiste maison d’analyse des images de nous faire quelques commentaires sur des photos que nous avons pu récupérer auprès des organisateurs du Bank of America Chicago Marathon. Vous allez le voir, ce n’est pas un hasard si Sir Mohamed Muktar Jama « Mo » Farah s’est imposé. Quant à la jolie kenyanne Brigid Kosgei, elle a un peu plus souffert. C’est visible sur les photos. Voici donc ce que les images nous racontent de cette formidable course.

2h05'11''. En photos.
2h05'11''. En photos.

« Mo » Farah ne perd pas de temps. On le voit parfaitement sur cette première photo du départ des élites valides, juste après celui des fauteuils à qui il faut rendre hommage. Les Américains ont parfois des défauts mais ils sont très forts dans la mise en avant, légitime, des handisports. C’est une chose qui se perd ailleurs, en France notamment. Il faut le dire.

Sur la photo prise en plongée, du ciel ou d’un des building adjacent au parcours, Mo, en rouge avec ses manchons jaunes fluos affiche déjà un objectif très clair : être devant. Il veut gagner. S’imposer. Il n’hésite pas : en quelques fractions de seconde, en quelques foulées, il est là, il montre à tous quel est son objectif du jour : vaincre, sans l’ombre d’un doute. Il est juste derrière un lièvre, déjà à l’abri mais également en pole position. Concentré au maximum, sa tête est légèrement baissée, lunettes de soleil sur le nez, comme une star. Ce moment est essentiel. Mo Farah est déjà dans sa bulle. On voit que Geremew Bayih est loin derrière (juste derrière le garçon au débardeur blanc « army »). Quant à Galen Rupp, il est là, encore au contact bien sûr mais il semble un peu perdu au milieu des autres, il ne veut pas se placer devant, prendre la course à son compte. C’est très clair. Pas sûr, même, qu’au fond de lui Galen Rupp veuille gagner. Pas sûr qu’il n’aie pas peur de Mo Farah non plus, celui-ci qui s’est tout de suite placé comme le patron de ce peloton. Chez les filles, maintenant, on note aussi le très beau positionnement de celle qui va remporter l’épreuve, très facilement également : la jeune kenyane Brigid Kosgei. Juste derrière elle, en vert, il y a sa benjamine au classement : l’éthiopienne Roza Dereje. C’est intéressant de voir qu’elle se place à gauche du peloton homme, et non pas au contact. Elle les laisse passer. Chacun sa course bien entendu. Mais elle aussi elle est là, en tête, dès le départ.

2h05'11''. En photos.
Cette photo-là est aussi très intéressante d’un point de vue de la sémiologie de l’image. Que se passe-t-il ? Regardez bien l’attitude Mo Farah. Il part sur un sprint ! Sa tête est au niveau des épaules. Tel une fusée aérodynamique qui se lance. Rupp est droit comme un piquet, à l’image de la plupart des autres. Mais Mo Farah est incliné, il est puissant, cherche tout de suite à se placer en tête. Il a la technique, il a les jambes, il a le talent et il a l’entraînement. Il le montre. Bien sûr cette photo est un centième de seconde de l’action qui se déroule sous nos yeux à ce moment-là. Idéalement, il faudrait analyser la vidéo. Mais c’est tout de même intéressant de voir que le seul dont l’attitude n’est pas semblable aux autres, c’est Mo Farah !
2h05'11''. En photos.
2h05'11''. En photos.

Voici deux photos qui en disent encore un petit peu plus sur la suprématie de l’ex-somalien. Geremew Bayih n’est qu’à 13 secondes. Il apparaît dans le champs de la première photo, mais au loin à gauche, totalement flou. Pendant ce temps, Farah se signe comme il le fait à chaque fois, d’un M avec ces mains au-dessus de sa tête. Il semble tellement « facile » comme on dit. Sa foulée est légère, le sourire n’est pas feint. Farah est un des tout meilleurs spécialistes actuels de courses de fond alors, avant le départ nous savions tous que s’il s’était bien entraîné pour tenir la distance, il serait capable de finir plus vite que tout le monde. Les commentateurs américains l’ont dit en direct quand il ne restait plus qu’un km à parcourir. C’était évident que Geremew Bayih n’allait pas supporter l’accélération finale. Mo Farah est plus fort que tous ces adversaires du jour et cela se voit parfaitement bien ici sur ces deux photos, une fois de plus : c’est la décontraction de son visage sur la ligne d’arrivée qui trahit sa force, sa large supériorité. Sa joie est profonde, vraie, et ses jambes semblent légères, alors qu’il vient quand même de courir 42,195 km en 2h05’11 ».

2h05'11''. En photos.
2h05'11''. En photos.
2h05'11''. En photos.

Si Mo Farah est aérien quand il passe la ligne, tout en maîtrise, ce n’est pas le cas de Brigid Kosgei, 24 ans, presque 10 ans de moins d’expérience, rappelons-le. Sa foulée est un brin affaissée, tassée, son visage est crispé, fatigué, et ses bras se relâchent sans contrôle. Ils partent un peu dans tous les sens. La jeune femme a souffert, bien plus que son vis à vis masculin, et cela se voit. Malgré le sourire, et aussi malgré son avance folle, 2’43 » sur sa première poursuivante, l’Éthiopienne Roza Dereje, Kosgei semble libérée d’en terminer. On n’exagérera pas en vous disant que la peur se lit encore sur son visage – mais on n’en est pas loin. Son avance est merveilleuse, oui, mais elle semble lui avoir coûté. Brigid Kosgei s’est vraiment battue. C’est une très belle victoire. Elle n’était pas mentalement acquise comme pouvait l’être celle de Mo Farah qui est lui parti tout de suite sans jamais douter.

2h05'11''. En photos.

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