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Courir le Great Himalaya Trail (1 500 km et 88 000 m D+) et autre Pacific Crest Trail.

10 mars 2020 | Portraits

Par la rédaction. Photos © Projet Icarus

7 ans, 7 sommets. C’est le projet Icarus. C’est aussi de l’aventure, la vraie. L’entraînement passé pour se préparer à un tel challenge de montagnard (course à pied, muscu, crossfit, yoga…) et la forte résilience nécessaire pour aller au bout de cette folle histoire nous ont séduits. D’autant que ces deux garçons se lancent d’autres défis au même moment, comme celui de courir tout le Great Himalaya Trail : 1 500 km et 88 000 m de dénivelé positif. Une folie. Explications et mise en lumière de ce projet qui a retenu toute notre attention grâce à la personnalité de ces deux énergumènes et l’intensité de leur défi.

Projet Icarus
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Premières précisions sur l’origine de ces deux garçons hors du commun

Ces deux-là ont été éprouvés par des enfances difficiles, alternant petite délinquance, séjours en prison et substances illicites le tout saupoudré de violences familiales. Matthieu Bélanger (originaire de Montpellier) et Loury Lag (résidant à Biarritz), sont deux garçons français que la vie n’a en rien épargnés. Ils ne se connaissaient pas il y a encore 2 ans mais parcouraient déjà le monde tout seuls à travers les déserts, les glaciers, les montagnes et les océans, à la recherche d’un sens à donner à leur vie. Leurs chemins se sont croisés quand Loury biarriot a eu vent du projet que Matthieu avait initié début 2017 : faire le tour du monde en sept années, sans véhicule motorisé, en réalisant dans le même temps l’ascension de chacun de ce que les experts nomment les 7 sommets avec, pour chacune des ascensions déjà exceptionnelles, l’ajout d’un challenge complémentaire afin de constituer une première mondiale.

Projet Icarus
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Les 7 sommets : de quoi on parle ?

C’est simple : ces 7 sommets sont ceux des montagnes les plus élevées de chacun des sept continents. Chacun de ces sommets est un challenge extrêmement difficile à lui tout seul. « À l’origine, nous disent les communicants de cette belle affaire, c’est une idée de l’Américain Richard Bass, datant des années 1980, mais il existe deux définitions de la liste des sept sommets. Richard Bass propose une première liste comportant l’Everest en Asie, l’Aconcagua en Amérique du Sud, le Denali en Amérique du Nord, le Kilimandjaro en Afrique, l’Elbrouz en Europe, le massif Vinson en Antarctique et le mont Kosciuszko en Australie. Lui-même remporte le défi en atteignant l’Everest le 30 avril 1985. Mais l’Italien Reinhold Andreas Messner propose une seconde liste, remplaçant le mont Kosciuszko par le Puncak Jaya, situé en Nouvelle Guinée. Son défi est réalisé le 7 mai 1986 par Patrick Morrow, devançant Messner de quelques mois ». Du point de vue de la difficulté technique, la liste de Messner est reconnue comme étant la plus difficile des deux tout simplement parce que se rendre au Puncak Jaya relève de l’expédition, la vraie, tandis qu’atteindre le sommet du mont Kosciuszko est relativement facile.

Projet Icarus

Comment est né ce projet ? Quelles sont ses règles ?

En 2016, Matthieu Bélanger rentre de 5 ans autour du monde pendant lesquels il a notamment traversé l’Océan Pacifique à la voile, passé 6 mois dans le désert australien  du Nullarbor, parcouru l’une des dernières calottes glaciaires d’Amérique du Sud et les îles gelées du Svalbard. Entre autres. À la recherche d’une nouvelle aventure, il décide d’entreprendre le tour du monde en réinterprétant à sa manière le mythique défi de ces « 7 sommets » de la liste de Messner. Il veut y ajouter des difficultés. C’est le projet Icarus. Les règles de ce projet projet sont les suivantes :

Projet Icarus
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  1. Pas de véhicule à moteur sur tout le tracé du tour du monde (à l’exception de quelques traversées en bateaux obligatoires). Toute distance parcourue sur le tracé de manière motorisée doit en effet avoir été préalablement parcourue sans moteur, ou devra l’être avant la fin du projet, afin de valider l’aventure.
  2. L’ascension des 7 sommets se fait sans assistance, sans oxygène et sans guide (quand la loi le permet).
  3. L’itinéraire entre les sommets doit toujours compter un ou plusieurs challenges complémentaires, afin de constituer une première mondiale.

Ajoutons qu’en raison de son ampleur, plus de 100 000 km, et du fait qu’il n’est pas envisageable de partir 7 ans loin de sa famille et notamment de ses enfants en bas âge, le projet est découpé en « chapitres » annuels.

Projet Icarus
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L’historique de la rencontre entre ces deux garçons.

Depuis qu’il a donné naissance au Projet Icarus, Matthieu Bélanger s’est préparé physiquement, techniquement mais aussi financièrement. Entre octobre et décembre 2017, il traverse à pied et à skis le champ de glace Nord de Patagonie en 3 semaines, en totale autonomie, avec un groupe d’amis. Puis, il enchaine seul avec plus de 2 500 km à vélo, en remontant vers le Nord à travers la Patagonie chilienne, avant de traverser la cordillère des Andes vers la pampa Argentine et enfin l’Aconcagua (6 962m) qu’il gravit sans guide ni porteur, et donc en solo et en totale autonomie. À la fin de l’année 2018, Loury Lag rejoint Matthieu dans le projet suite à un appel passé par ce dernier dans la presse.

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Vainqueur d’une émission TV de survie dans un désert d’Afrique du Sud en 2017 et avec déjà quelques belles expéditions à son palmarès, comme la traversée en solitaire du plus grand glacier d’Europe en Islande ou celle du désert des Bardenas à pied, Loury Lag a un profil atypique : hyperactif, ancien délinquant, deux arrêts cardiaques, un an de prison, 5 ans d’interdiction de sortie du territoire….À 25 ans, après toutes ces errances, il part aux États-Unis pour combler son besoin de grands espaces et d’aventure. Il traverse le pays pieds nus(oui oui pieds nus. Minimaliste quoi) avant de rentrer en France et de faire fortune dans la construction de maisons écologiques. Comme Matthieu, il fonde alors une famille au retour de son voyage initiatique. Entre les deux hommes, le courant passe instantanément. « On a eu des vies étonnamment similaires : des adolescences difficiles » explique Matthieu, même s’il convient que son partenaire est plus extrême que lui. Sans doute parce que Loury Lag est porteur du syndrome d’analgésie congénitale, une maladie qui empêche de ressentir la douleur et, de fait, repousse toujours plus loin les limites du corps. Leur complémentarité est évidente, tant sur l’aspect technique que sur la conception du projet. « C’est le tournant de nos vies » résume encore Matthieu qui nous précise leur intention de devenir des aventuriers professionnels : « L’exploration est ni plus ni moins qu’une discipline. Nous sommes des athlètes de haut-niveau, tant sur la préparation que l’alimentation. Nous nous entrainons toute l’année pour partir parfois 6 mois durant ».

Projet Icarus
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À partir du 1er mars, Matthieu et Loury sont partis parcourir, par des températures allant parfois au-delà des -50°C et avec plus de 90 kg sur le dos, plus de 3 000 km à skis sur la mer gelée du redoutable passage du Nord-Ouest, de la côte Atlantique jusqu’à la côte Nord de l’Alaska. Seulement 3 personnes au monde, dont bien entendu Mike Horn, ont réalisé cette traversée à skis à ce jour. Le temps leur sera toutefois compté car, outre le fait qu’ils souhaitent bien entendu battre le record de Mike Horn, ce sera la pleine période de la fonte des glaces. S’ils n’arrivent pas à temps, l’eau prendra le dessus. Le challenge sera d’autant plus compliqué qu’ils devront aussi lutter contre les vents contraires. Arrivés sur la côte Nord de l’Alaska, ils récupèreront des vélos avec lesquels ils rejoindront le Denali (6 190 m) quelques 1 350 km plus au Sud. L’ascension du Denali se fera en traversée par le Nord, par le glacier de Muldrow. Cette voie, qui est celle de la première ascension historique du sommet le plus haut d’Amérique du Nord, est aujourd’hui délaissée par la plupart des alpinistes qui s’attaquent au Denali car très difficile d’accès. La descente se fera à skis par la voie normale du versant Sud-Ouest. L’équipe effectuera le sprint final en rafting le long des rivières descendant des glaciers du Denali jusqu’à la côte sud de l’Alaska et l’Océan Pacifique. Arrivée prévue début juillet à Anchorage (AK). Ouf. Quelle histoire ! Une belle année en perspective. Sans Coronavirus espérons-le pour eux.

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2021 : « Elbrouz & Kilimandjaro par le fleuve Congo ».

Dans cette suite à venir et à deux sommets, l’équipe partira de Russie du pied de l’Elbrouz (5 642 m). Ils traverseront la montagne du Nord vers le Sud puis partiront à vélo à travers les montagnes du Caucase, la Géorgie et la Turquie. « De là, ils descendront à la voile le canal de Suez, la mer Rouge et l’Océan Indien jusqu’à Mombasa (Kenya), avant de parcourir à vélo les 300 derniers kilomètres qui les sépareront encore du Kilimandjaro (5 895 m). L’ascension se fera en traversée, encore une fois, en enchainant les voies Shira, Arrow et Western Breach (voie la plus difficile du Kilimandjaro) pour redescente par Umbwe pour éviter au maximum la masse des touristes » nous ont encore expliqué les communicants des deux garçons. Ils ajoutent : « Une fois en bas, ils reprendront les vélos pour 1 700 km de piste à travers la Tanzanie, le Burundi et la République du Congo, jusqu’à Kisangani. Débutera alors le véritable challenge : la descente du fleuve Congo en pirogue (2 000 km) jusqu’à son embouchure sur la côte Atlantique ». Le chapitre se finira par un retour en France à la voile le long de la côte Ouest Africaine, Gibraltar puis la Méditerranée jusqu’à Montpellier.

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2022 : « Du Puncak Jaya à l’Everest par le Great Himalayan Trail »

En 2022, les deux garçons partiront de Papouasie Nouvelle Guinée où elle commencera par une marche d’approche de 15 jours dans la jungle pour rejoindre le Puncak Jaya (4 884 m). L’ascension se fera en aller-retour par la voie normale. Ils retourneront le plus vite possible sur la côte pour embarquer sur un voilier et naviguer au milieu des iles indonésiennes et jusqu’à la côte indienne. Pour finir, ils reprendront les vélos jusqu’à Taplejung au Népal, pays qu’ils traverseront en courant par le Great Himalaya Trail (1 500 km et 88 000 m de dénivelé positif) d’Est en Ouest, jusqu’à Humla en passant par le camp de base de l’Everest.

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2023 : « Du Denali à l’Aconcagua par le Pacific Crest Trail »

Pas de sommet à conquérir mais battre le record de vitesse du Pacific Crest Trail en hiver : 4 265 km et 149 174 m de dénivelé positif, effectué une seule fois à ce jour en 131 jours. Matthieu et Loury partiront de Montpellier à la voile en direction de Repulse Bay pour finir de couvrir quelques parties manquantes, avant de s’envoler pour Anchorage en Alaska où ils attaqueront le prochain chapitre : en vélo d’Anchorage jusqu’au point de départ du Pacific Crest Trail, à la frontière entre le Canada et les États-Unis. De là, nos deux garçons partiront à pied et à skis pour un contre-la-montre  au cœur de l’hiver. Arrivés au Mexique, ils reprendront un bateau pour Santiago au Chili

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2024 : « Retour de l’Everest par la Karakoram Highway »

Matthieu et Loury commenceront cette année-là par une longue période d’acclimatation autour du camp de base avec diverses ascensions dans la région. L’aller-retour au sommet de l’Everest (8 848 m) se fera par la voie normale, sans oxygène, à la suite de quoi ils rejoindront le point GPS auquel ils avaient terminé avant pour entamer un long voyage retour de plus de 4 500 km, à pied, à vélo et à cheval, vers l’Elbrouz en passant par la fameuse Karakoram Highway, par le Cachemire, le Tadjikistan, le Kirghizstan, l’Ouzbékistan et le Kazakhstan. Rien que ça ! Arrivés sur la côte de la mer Caspienne, ils rejoindront la Russie à la rame de l’autre côté et finiront les derniers kilomètres jusqu’à l’Elbrouz à vélo.

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2026 : « De la Patagonie à la Papouasie par le Mt Vinson »

Les 2 aventuriers partiront à vélo de Lago Leones, en Patagonie, jusqu’à Ushuaia où ils embarqueront sur un voilier qui les conduira à travers le passage de Drake, jusqu’aux abords de la péninsule antarctique. Ils finiront les derniers kilomètres au milieu des icebergs à la rame, avec tout leur matériel, jusqu’à la côte de la péninsule. Ils auront juste le temps de l’été Austral, 3 mois maximum, pour parcourir 1 000 km en kite-ski jusqu’au Vinson (4 892 m), le gravir et revenir de l’autre côté de la péninsule, c’est à dire 1 000 km plus loin pour récupérer le bateau mettre les voiles en direction de la Papouaise Nouvelle-Guinée, à travers les 50e hurlants et les 40e rugissants.

Bon, sinon vous faites quoi comme entraînement le weekend prochain ?

Suivre Matthieu Bélanger & Loury Lag sur Instagram :
@matthieubelangerexplorer
@loury_explorer

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