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« Escape from the jungle » : la course à pied d’un genre nouveau. Part II

1 novembre 2019 | Évènements

Par la rédaction. Photos © Shirley Thompson, Aristedes Carrera, Fum Bally, Claude Piché, Patrick Lanza, Ferhat Deniz Fors, Lucas Rodrigues, Melanie Magdalena, Chris Abney, Ana M Linnehan, Pierre-Etienne Bordeleau, Michael Vilorio, Mark Olsen, Eric Anderson, Boudhayan Bardhan, Joshua Newton, Bart Zimny, Jakob Owens, Jacob Garrett, Cristian Grecu, Jonah Pettrich, Sergio Snaps, Gilles Rolland Monnet, Dina Amara, Alfonso Castro, David Clode, Sebastian Herrmann, Sandra Seitamaa, Ante Hamersmit, Jan Kopriva / Unsplash

Une course à pied qui est en réalité une épreuve de survie. Un concept simple : entraînement aux techniques de survie dans la jungle du Bélize pendant une semaine et puis 200 km à parcourir à la boussole derrière, ou plus, selon que vous vous perdez ou pas… « N’importe quel environment est potentiellement hostile. Nous avons toujours tout fait pour réduire les risques sur le Jungle Marathon et cette course ne dérogera pas à la règle. Sur Escape from the Jungle, notre boulot c’est d’entraîner les gens, et de les évaluer avant de les relâcher dans la nature » nous avait déclaré l’organisatrice Shirley Thompson. Oups. Âmes sensibles s’abstenir. Nous l’avons à nouveau rencontrée pour évoquer l’évolution de son organisation mais aussi poser des questions sensibles sur la sécurité des participants. Nous devions normalement envoyer un journaliste fin février pour participer à l’aventure…mais nous nous interrogeons sérieusement sur sa sécurité. On est en pleine réflexion. À vous de juger. 

Escape from the jungle
Escape from the jungle
Escape from the jungle

Le Blog Endurance Shop : Votre épreuve est assez unique mais dans le fond elle s’inscrit dans une tendance où les organisateurs proposent de repousser toujours plus loin nos limites. Après la vague des 100-miles (161 km), une course comme l’UTMB est un 100-miles par exemple, toute une série de courses de 200 miles (321km) est en train de naître aux USA. De ce fait, ces courses, y compris la vôtre apparaissent comme un monde à part, loin de la très grande majorité des coureurs à pied qui nous entourent et ne se lancent que sur des distances plus raisonnables ou bien cherchent à améliorer leur chrono sur 10, semi ou marathon. Et ça peut devenir problématique car beaucoup de gens pensent qu’ils peuvent se lancer sur ces distances énormes sans réellement bien intégrer ce à quoi ils s’attaquent. Au moins, votre événement ne prend pas les gens en traîtres. On sent bien que c’est très difficile et certainement pas pour le quidam moyen. Les risques sont réels, le danger est….partout. Mais on peut quand même se demander dans quelle mesure votre épreuve est réellement dangereuse ou bien si votre description alarmiste est davantage le résultat d’un positionnement marketing. Qu’en pensez-vous ?
Shirley Thompson : Alors je vais être claire : parcourir 200 km dans la jungle, c’est objectivement tout sauf facile. Je voulais créer quelque chose qui allait pouvoir offrir aux participants une expérience unique, pas seulement un ultra de course à pied mais bel et bien une épreuve de survie. La jungle du Bélize est un endroit magnifique, sauvage et, en soi, c’est déjà une expérience incroyable mais apprendre les rudiments de la survie dans cet environnement ce n’est clairement pas donné à tout le monde ! Je vous rassure, toute la première partie de l’épreuve consiste à passer le test qui va vous permettre d’être lâché en jungle tout seul sur la distance proposé. Personne ne sera autorisé à réellement démarrer la course si on ne s’est pas assuré avant qu’il a retenu et est capable de mettre en application les essentiels de la survie qu’on lui aura enseignés. Cette course n’est donc pas seulement pour le coureur capable d’aller d’un point A à un point B mais aussi pour l’aventurier qui en veut plus pour son argent. Oui ça sera dur mais on sait ce qu’on fait chez Jungle Marathon, la marque d’événements que j’ai créé. Je crois beaucoup au pouvoir de l’esprit sur le corps et nos concurrents ne seront pas forcément les meilleurs coureurs, les plus rapides ou les plus endurants mais ils devront surtout être rustiques, aimer les challenges d’ordre mental. Je précise quand même que la sécurité est notre priorité numéro une. Ça l’a toujours été et ça ne va pas changer.

Escape from the jungle
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Le Blog Endurance Shop : Alors justement, parlons-en. Peu importe les distances ou la difficulté d’une course, course aventure ou pas d’ailleurs, ce qui plaît c’est quand même d’être capable de rentrer chez soi en relative bonne santé après. Personne ne souhaite y rester, ou se blesser sévèrement, finir handicapé à vie, ou bien mourir. Soyons sérieux. Votre épreuve est sans doute alléchante pour un certain nombre d’entre nous mais notre rôle c’est de vous demander des comptes sur le sujet de la sécurité : dites-nous en plus sur votre équipe médicale, leur expérience du terrain et de ce genre d’épreuves, ainsi que leur temps de réponse nécessaire en cas d’accident grave au milieu de la jungle. Si un concurrent se casse la cheville et ne peut plus avancer par exemple, que faites-vous ? Si un autre concurrent se fait mordre par un serpent ou par une grosse araignée…voire s’il s’intoxique en mangeant une plante dangereuse alors qu’il la croyait inoffensive ?
Shirley Thompson : Comme je l’ai dit juste avant, la sécurité est le point le plus important pour nous. Chaque coureur, ou chaque équipe de coureurs car vous pouvez faire la course à deux, aura un guide de jungle local, ce qu’on appelle un pisteur et qui le surveillera à distance. Ils garderont leur distance mais, en cas de danger, ils seront capables d’évaluer le participant et seront en lien constant avec la base vie qui prendra alors le relais si quelque chose de grave arrivait. C’est important de le préciser. Sur le Jungle Marathon qui s’est déroulé pendant plus de 12 ans dans la jungle du Brésil, l’Amazonie, nous avions un team médical au top et c’est la même équipe qui sera au Bélize avec nous. Ce sont des médecins de jungle spécialisés qui sont capables de tout prendre en charge. Ils ne seront pas seuls puisque nous aurons aussi notamment des infirmiers urgentistes et des infirmiers locaux qui connaissent également l’environnement dans lequel nous serons plongés. Nous aurons aussi deux ambulances à proximité qui avanceront en parallèle des coureurs et des médecins qui suivent la course et se rendront à chaque waypoint. Il y a des accès en dur que ces véhicules peuvent emprunter, ce qui sera donc plus rapide à opérer que lorsque nous étions au Brésil et où nous devions évacuer les éventuels blessés par pirogue.

Escape from the jungle
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Le Blog Endurance Shop : Effectivement, être capable de géolocaliser chaque coureur en temps réel grâce à vos tracker GPS est un système essentiel pour assurer une base de secours à tout moment. Vous expliquez d’ailleurs dans le règlement que chaque participant devra posséder son propre système de géolocalisation. Ils devront donc l’acheter. C’est cher ?
Shirley Thompson : Ce ‘tracker » fait en effet partie du matériel obligatoire. Ça coûte entre 200 et 300€, selon les modèles. Ils peuvent ensuite prendre un abonnement d’un mois ou plus, selon s’ils le réutilisent ailleurs sur d’autres événements.

Le Blog Endurance Shop : Bon, mais alors du coup quel sera le temps moyen de réponse que vous avez évalué pour aller chercher un concurrent en difficulté ?
Shirley Thompson: Pffff, je ne peux pas répondre à cette question. C’est une question impossible. Un concurrent peut faire un malaise juste à côté d’un des waypoints et de là où se trouve l’ambulance ou des médecins, ou bien pile entre deux waypoints. À vrai dire, vous savez, c’est comme dans toutes les courses aventure : si vous ne voyez que le négatif, si vous ne pensez qu’aux risques alors il vaut mieux ne pas venir. Mes équipes médicales resteront au plus près des concurrents dont nous serons les moins sûrs mais il peut bien entendu se dérouler une à deux heures avant leur intervention. Je précise que sur la course du Brésil, nous avions eu des résultats exceptionnels en termes de sécurité et de médicalisation. Il n’y a pas de raison que ça change.

Escape from the jungle
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On vous renvoie au premier article sur cette épreuve : https://leblog.enduranceshop.com/escape-from-the-jungle-la-course-a-pied-dun-genre-nouveau-part-i/ où,la question des accidents éventuellement survenus pendant la course du Brésil, Shirley déclarait : « Nous avions un staff de 200 personnes, avec plus d’une douzaine de médecins, 12 secouristes brésiliens et 24 militaires rompus au combat de jungle et donc capables d’intervenir n’importe où pour secourir les gens si besoin, sans compter les centaines de villageois qui étaient tous bien entendu au courant de la course que nous organisions et qui connaissaient la région mieux que quiconque. On avait donc pris de vraies belles mesures de sécurité. Cela étant, nous avons en effet eu quelques concurrents qui ont voulu pousser la machine plus qu’ils n’auraient dû pendant les premiers jours de courses et dont les températures corporelles sont vite montées dans les tours. Nous avons dû les évacuer à l’hôpital grâce à nos bateaux ambulances sur les cours d’eau. Ils y sont restés plusieurs jours sous surveillance intensive. Mais ils ont fini par complètement récupérer et n’ont pas subi de séquelles. Suite à cela, nous avons imposé 15 min de repos à chaque checkpoint pendant les deux premières étapes pour donner la chance aux gens de faire baisser un peu leur température corporelle. Une fois de plus : ce qui compte c’est la sécurité. Le chrono, le classement, ça vient après. Cette nouvelle course ne sera pas différente. La sécurité des compétiteurs est notre priorité numéro un ».

Escape from the jungle
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Le Blog Endurance Shop : Si vous nous le permettez, nous aimerions encore vous poser quelques questions d’ordre pratique, des questions précises, sans doute un peu naïves. Vous dites dans le règlement que recevoir une perfusion équivaut à deux heures de pénalité. Très bien. C’est à peu près la même chose au Marathon Des Sables. Mais vous ne parlez pas d’une seconde éventuelle perfusion, le jour d’après ou bien plus loin dans la course. Que ferez-vous dans ce cas ?
Shirley Thompson : Honnêtement, je vais laisser les médecins décider sur place car ils seront en totale autonomie mais je serais très très surprise s’ils laissaient un concurrent repartir après sa seconde perfusion. Être perfusé une fois, très bien, ça peut arriver. Mais si ça recommence c’est que vous ne savez pas vous gérer, que vous ne savez pas gérer la course et qu’il vaut mieux vous stopper pour des raisons de sécurité.

Le Blog Endurance Shop : Très bien, au moins c’est clair. Vous prévenez dans votre présentation que les concurrent s’exposent à des risques potentiellement dangereux de la jungle, comme les insectes, ou les animaux sauvages. On pense bien entendu tout de suite aux serpents. Conseillez-vous aux participants d’aller voir un médecin spécialisé dans les maladies tropicales avant de participer à la course, pour être sûrs d’avoir les bons vaccins par exemple ?
Shirley Thompson : Il n’y a pas de vaccins obligatoires pour le Bélize, autres que ceux que l’on se doit d’avoir quand on voyage et que l’on est un peu aventurier sur les bords, type hépatite A et B par exemple. Un médecin doit de toute façon signer la feuille d’engagement du participant donc cela sera certainement le bon moment pour lui poser la question.

Escape from the jungle
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ssLe Blog Endurance Shop : À propos de l’alimentation, nous trouvons que l’idée d’avoir à trouver sa propre nourriture dans la jungle est une excellente idée ! Mais qu’est-ce que ça veut dire exactement ? Soyons précis : les concurrents vont être entraînés à choisir et reconnaître les bonnes plantes et les insectes qu’ils peuvent manger, et ceux qu’il vaut mieux éviter d’ingurgiter, c’est ça ?
Shirley Thompson : Absolument ! Tout cela sera expliqué dans les cours de survie qui auront lieu avant le départ. Comme je l’expliquais plus haut, personne ne sera autorisé à prendre le départ si nos moniteurs de survie de jungle en doutent. Seuls eux sont capable de jauger si un concurrent sera capable de survivre dans la forêt, ou pas. La dernière nuit de la semaine de test, chaque concurrent devra survivre seul dans la jungle. Il s’agira d’un exercice où nous mesurerons les qualités et les capacités de chacun.

Escape from the jungle
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Le Blog Endurance Shop : Pour la très grande majorité des gens qui nous lisent, être mordu par un serpent représente une énigme terrifiante. Ils ne savent clairement pas quoi faire. C’est tout à fait possible qu’un de vos participants soit mordu par un serpent dangereux. Qu’est-ce que vos moniteurs « commando » de jungle vont leur apprendre sur ce sujet ?
Shirley Thompson: La situation, l’environnement est le même qu’au Brésil. Nos médecins seront là, comme je l’ai expliqué, pour traiter et évacuer la victime, si besoin est. Nous ne sommes pas partisans des pompes anti-venin et encore moins des serums anti-venin car ils doivent être injectés dans un environment contrôlé. Nos moniteurs et nos médecins donneront des conseils pour éviter de se retrouver dans cette situation mais également sur la marche à suivre en cas d’accident.

Le Blog Endurance Shop : Où trouver l’équipement de jungle spécial et nécessaire pour votre épreuve ?
Shirley Thompson: Mis à part la machette et le hamac, vous trouverez de tout dans vos magasins spécialisés habituels. Pour le hammack, je recommande le Hennessy Hammock. C’est un produit hyper léger.

Escape from the jungle
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Le Blog Endurance Shop : On sait bien que l’environnement jungle est un environment humide et qu’il fera donc souffrir les pieds. Quels sont vos conseils dans ce domaine ?
Shirley Thompson: Le confort des pieds est en effet essentiel. Les chaussures doivent être très aérées pour bien laisser s’écouler l’eau : les participants traverseront des cours d’eau de nombreuses fois. Il faut aussi savoir gérer les ampoules et les points de friction au fur et à mesure de leur apparition et ne pas attendre qu’ils prennent une énorme ampleur qui sera beaucoup plus difficile à soigner. L’idéal est de pouvoir s’entraîner avec des pieds déjà mouillés. Ça va vous apprendre à les soigner et aussi à anticiper les problèmes, avant même d’arriver dans la jungle. Ensuite, avoir sur soi quelques paires de chaussettes de rechange est utile, tout comme laisser respirer ses pieds le soir, au sec. Il faut donc emporter des tong, et ne jamais marcher pied-nus sur le sol de la jungle.

Le Blog Endurance Shop : Dernière question : sur le site web www.shirlsatlanticrow.com vous parlez de faire la traversée de l’Atlantique à la rame, jusqu’au Caraïbes, afin de battre le record de la femme la plus âgée lors de la traversée d’un océan à la rame. On parle quand même de quelques 3000 miles nautiques, ce qui correspond à un peu plus de 5500 km. À la rame. Vous partez là, début novembre. Mais serez-vous rentrée pour le départ de votre course Escape from the jungle ?
Shirley Thompson: Normalement oui car je devrai atteindre les caraïbes fin janvier et puis de là aller directement au Bélize. Mais si je suis coincée en mer, mon équipe s’occupera de vous, ne vous en faites donc pas pour ça….

Quand : du 24 février au 7 mars

Prix : 5000€ (déplacement au Bélize à votre charge)

Infos : http://junglemarathon.uk/belize-race-information/

Escape from the jungle
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