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Encore un top 10 à l’UTMB pour Sébastien Camus ?

Propos recueillis par Gaël Couturier. Photos © Guillaume Desmurs / Garmin

Sébastien Camus, l’ancien raider du team Garmin devenu aujourd’hui ultra trailer à temps plein – sans oublier de rester team manager de cette équipe Garmin – est un garçon attachant. Sous ce sourire aussi carnassier qu’irrésistible se cache un tendre, un gentil garçon, proche de sa famille, fidèle en amitié et surtout pas casse-cou ou tête brûlée pour un sou – enfin pas trop…. C’est pourquoi après des années de sport à haut niveau, il est encore un esprit sain dans un corps sain et non pas cassé de partout comme beaucoup d’ex-champions dont nous n’entendons plus trop parler. À 39 ans Sébastien Camus est en effet encore tout en haut de l’échelle de nos meilleurs coureurs français, même si les François D’Haene – et autres Jim Walmsley ou Kilian Jornet – restent inaccessibles. En 2016, profitant de l’absence de ce genre d’extra-terrestres, notre homme finit 7ème de l’UTMB, après avoir logiquement gravi les échelons de l’ultra trail comme par exemple avoir fait 2ème à la CCC en 2013. L’UTMB qui se profile dans quelques jours sera sans doute pour lui une des dernières occasions de montrer de quoi il est capable face à une nouvelle génération de coureurs qui montent et sont notamment emmenés par ce duo Américain dont nous vous avons déjà pas mal parlé : le sage Tim Tollefson et le « bad boy » Jim Walmsley.

Sébastien Camus
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Gaël Couturier : Hello Seb, j’ai la chance de te connaître depuis pas mal d’années maintenant mais j’ai l’impression que tu as passé un cap d’un point de vue des résultats, du moins depuis ton UTMB de 2016 où tu fais 7ème. Notons que tu avais fait 47ème l’année d’avant. C’est donc un sacré cap que tu as passé ! Cette année tu gagnes l’Ultra Trail Côte d’Azur Mercantour par exemple. Qu’est-ce qui a changé entre le Seb Camus d’il y a 5-8 ans et celui d’aujourd’hui ? Vas-y balance coco….

Sébastien Camus : Le Seb Camus dont tu parles s’est de plus en plus investi dans le trail running, qui est devenu une véritable passion et, au delà de ça, un mode de vie. Le Seb Camus d’il y a 8 ans a donc beaucoup changé. Il ne voit plus la vie de la même façon, il ne mange plus comme avant, il ne vit plus comme avant. Le trail running a pris une part plus importante dans sa vie. Je suis cette vie-là à 200%, guidé par ma passion et ma soif de profiter. Pour ce qui est des résultats, disons que j’ai plus d’expérience et plus de disponibilité aujourd’hui pour m’entraîner. Donc mon niveau évolue,  ma côte ITRA aussi par la même occasion.

Sébastien Camus

Gaël Couturier : Celui que tu nommes souvent « padre » dans tes posts sur les réseaux sociaux semble très important pour toi. La famille – tes parents, ton frère, ta femme, tes enfants – c’est un point essentiel de ton équilibre d’athlète visiblement. Ça semble sain. Mais comment fais-tu pour éviter qu’ils ne se lassent de tous tes entraînements et toutes ces heures passées à crapahuter dans la montagne sans eux ?

Sébastien Camus : Pour ce qui est de ma famille en général, je pense qu’il y a un beau transfert dans ce que je vis et ce que je partage. C’est ce qui est fabuleux en trail : tu peux offrir tellement de sensations aux gens qui t’entourent, pratiquant ou pas. Il y a une forme d’empathie incroyable autour de cette pratique. En ce qui concerne plus particulièrement ma femme et mes enfants, je pense que j’ai trouvé le bon équilibre. Il me semble sain. Je passe beaucoup de temps à l’entrainement et en déplacement mais je garde toujours en tête de maintenir un équilibre global dans notre vie à tous. J’ai fait des choix un peu particuliers, du moins aux yeux de certains, comme de retirer la télé de chez moi alors que j’étais un addict à la télévision auparavant, pour être sûr de consacrer un maximum de temps à mes enfants, quelque soit mon état physique. Tu peux rentrer de 9h de sortie de trail running et être crevé mais tes enfants, eux, ils s’en moquent. Et quand ils retrouvent leur papa, c’est pour profiter de lui. Vu que je n’ai plus de télé, plus possible de les scotcher devant un écran pour me libérer de ma tâche, de ma mission paternel qui est de passer du temps avec eux et de partager des moments qui sont uniques, forts, parfois fatigants, oui, mais surtout exceptionnels.

Sébastien Camus
Sébastien Camus

Gaël Couturier : Parlons bien, parlons peu. Je te provoque un peu : on peut penser que sur le prochain UTMB, dans quelques jours, tu joueras les seconds couteaux. Ce n’est pas une critique, tu le sais bien. Tu peux sans nul doute refaire un top 10, mais je ne te vois pas faire un podium. Qu’en penses-tu ?

Sébastien Camus : Le podium, c’est, en toute honnêteté, un rêve. C’est difficilement accessible, au vu du niveau de compétition qui se prépare. En bon compétiteur que je suis, je reste néanmoins à l’affût de la moindre opportunité pour m’en rapprocher au mieux. Je reste sur cette édition 2016 où c’était très difficile pour moi mais où j’ai réussi à faire ce top 10 un peu inespéré. Pour répondre autrement à ta question, je te cite ce dicton qui me guide : «  Tant que tu n’as pas passé la ligne d’arrivée, rien n’est joué ! ».

 

Gaël Couturier : François d’Haene est actuellement le meilleur français en ultra trail. Qu’est-ce qui le différencie des autres coureurs selon toi ?

Sébastien Camus : Il a une gestion parfaite de ses courses et de sa condition physique. Fort d’un bagage d’une grande richesse, d’une intelligence de course idéale et d’une condition physique incroyable, il est aujourd’hui indéniablement le meilleur ultra traileur mondial sur des formats alpins, en compagnie de son acolyte du team Salomon, Mr Kilian Jornet qu’il ne faut surtout pas oublier.

Sébastien Camus
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Gaël Couturier : Quelques athlètes sélectionnés par tirage au sort pour participer à la WS100 – c’est une opportunité, qu’en général, tu ne rejettes pas – ont décidé de ne pas y participer au dernier moment, souvent à cause de fatigue et blessure. Il y a eu par exemple Cat Bradley (officiellement blessure) et Camille Herron (officiellement fatigue). On peut avoir l’impression que faire de l’ultra trail c’est plus ou moins comme faire du marathon, alors qu’en réalité, c’est un engagement beaucoup – beaucoup – plus important qui demande plus d’entraînement et donc amène aussi plus de fatigue et de blessures éventuelles. Comment fais-tu toi pour rester au top sans jamais te blesser ou finir en burn-out mentalement ?

Sébastien Camus : L’ultra trail est une épreuve que je qualifierai même « d’extrême » et qui demande une préparation toute aussi « extrême ». Nous demandons en effet de plus en plus à nos organismes. A chaque fois qu’un palier est franchi, nous sommes tous autant que nous sommes, élite ou pas, tentés d’aller voir le palier suivant, avec parfois l’oubli d’une régénération optimale. Je vois de nombreux athlètes venir éclairer les tableaux de grandes courses mais, au final, ils ne durent pas, souvent sujets au burn-out comme tu dis. Pour ma part, j’ai une vision à long terme de ma pratique. Je suis toujours en accord avec mon corps et mes valeurs, guidé par la nature et l’équilibre qui en découle. Je vois que les années passent, j’ai maintenant 39 ans, mais je me sens, d’année en année, de plus en plus performant. Tu sais, j’ai plaisir à dire que je suis un jeune de 20 ans avec seulement 19 ans d’expérience et que plus les années avancent, plus je me connais.

Sébastien Camus
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Gaël Couturier : Quels sont alors tes conseils de prudence à un coureur qui veut faire de l’ultra et rêve comme beaucoup de participer à l’UTMB ?

Sébastien Camus : Ce que je conseille toujours c’est le principe de progressivité : laissez votre corps s’adapter, évoluer, se renforcer et seulement ensuite aller chercher votre potentiel optimum. Le trail running, c’est avant tout un mode de vie. Le profil compétitif que l’on peut chercher à mettre en avant sur de grandes et difficiles compétitions comme l’UTMB ne doit surtout pas dissimuler l’individu. Même au niveau des élites, cela reste tout d’abord un combat contre soi-même, avant d’être une confrontation inter-individuelle. Mon 2ème conseil serait de voir sa pratique de la façon la plus naturelle possible. J’ai malheureusement trop l’occasion de voir des rapports sur l’automédication en ultra trail. Anti-inflammatoires, antalgiques, corticoïdes pour aller à l’extrême…il y a beaucoup trop de gens qui, face à la difficulté de l’épreuve, s’aident d’un adjuvant chimique qui a souvent des effets délétères sur leur organisme à terme, surtout quand il est poussé à l’extrême comme nous lui demandons.

Sébastien Camus

Gaël Couturier : On t’a vu dans un très joli petit film tourné au Colorado cette année mais on ne t’a pas vu sur des courses aux USA. C’est bientôt la Hardrock 100 par exemple. Ça t’intéresserait de courir aux USA ? Pourquoi tu n’y vas pas plus souvent ? C’est juste une question de budget ? De ne pas vouloir t’éloigner de ta famille ?

Sébastien Camus : La HardRock 100 fait partie de ma Todolist ! J’ai hâte de pouvoir y participer avec, si possible, un pacer nommé Sylvain… L’an dernier j’ai passé plus d’un mois en préparation aux USA, à Flagstaff, plateau mythique de l’Arizona où de nombreux athlètes de haut-niveau se préparent notamment Jim Walmsley ou encore Rob Krar. J’adore la mentalité des Américains autour du trail, pas forcément fan des USA de façon globale mais j’ai tout de même un grand plaisir à y aller pour vivre un temps, partager et découvrir une autre version de ma passion. C’est ce que nous avons voulu retranscrire dans cefilm FollowMyTrack. Nous espérons, pour le prochain opus, avoir l’opportunité de découvrir le trail version Asie, pour nous permettre de comparer et ainsi enrichir notre perspective de cette pratique.

Sébastien Camus
Sébastien Camus
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Gaël Couturier : Que penses-tu de ce qui s’est passé avec Xavier Thévenard sur la Hardrock : est-ce une habitude des élites comme vous de vous arranger un peu avec le règlement quand personne ne vous regarde ? Ce qu’il a fait, ça te paraît être un détail insignifiant ou au contraire un truc grave ?

Sébastien Camus : Sujet très compliqué car il ne s’arrête pas forcément à la simple vue d’un athlète arrêté au cul d’une voiture. La sanction a été radicale mais peut résumer d’autres choses. Pour ma part, il y a un règlement, il faut le respecter surtout aux yeux de ceux qui se forcent à le suivre. Cela reste une compétition et aussi minime soit le bénéfice que cela peut apporter, des personnes en train de se surpasser qui voient d’autres athlètes ne pas respecter les règles apportent obligatoirement une frustration qui se résume par cette volonté de sanction. Je suis tenté de résumer ce cas par une question qui ne tient qu’en un seul mot : « Pourquoi ? ». Pourquoi être allé se ravitailler alors que les points de ravitaillements sont nombreux sur le parcours, un petit coucou au passage, OK, mais pourquoi être allé au cul du véhicule pour se ravitailler. De même, pourquoi se faire porter ses bâtons alors que c’est interdit ? Après pour être honnête je n’ai suivi ce fait que de loin, voyant le défoulement de certains sur les réseaux sociaux cela m’a rapidement énervé et j’ai préféré m’arrêter après très peu de lecture de post.

Gaël Couturier : Et que penses-tu dès lors de la longévité d’un coureur comme Jeff Browning qui gagne la course à 45 ans (même si bien sûr il n’y avait pas vraiment de pointures sur cette édition) ?

Sébastien Camus : Bravo, je dis tout simplement Bravo. Pour reprendre ce que je disais précédemment, il faut, avant d’applaudir le résultat compétitif, applaudir la performance personnelle comme celle de tous les finishers. Après, c’est la magie qu’offre actuellement l’Ultra, pouvoir bénéficier d’un palmarès sur de grandes épreuves et de ce fait de moments uniques et de grandes émotions.

Sébastien Camus
Sébastien Camus
Sébastien Camus
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Gaël Couturier : Qu’est-ce qui manque à ton frère pour te battre à chaque fois ? Quel est le ou les trucs que tu as en plus de lui ? Hormis ton grand âge je veux dire !

Sébastien Camus : A chacun ses capacités, Sylvain est beaucoup plus rapide que moi et moi je suis plus endurant. Il a tout de même marqué son retour l’an dernier en terminant 2nd de la TDS ce qui lui a redonné de l’énergie et de belles ambitions comme peut être une participation à la WS100 l’an prochain avec peut être comme pacer un certain Sébastien…. Nous essayons de travailler sur nos différences et  de faire bénéficier l’autre de nos qualités. Nous sommes différents et, je pense, complémentaires. L’an prochain, de belles choses pourraient voir le jour avec de nouveaux objectifs communs.

Sébastien Camus
Sébastien Camus

Gaël Couturier : Quelles sont les avancées techniques du matériel de course à pied qui te semblent les plus intéressantes ces dernières années ? On a parlé des sacs à dos qui sont devenus très légers récemment par exemple…

Sébastien Camus : Le sac à dos fait partie des pièces essentielles dans notre pratique, il est synonyme d’autonomie et d’endurance. Personnellement je travaille dans l’élaboration de prototypes avec mon partenaire CamelBak et c’est une de mes missions les plus excitantes en dehors de ma pratique. Les chaussures aussi bénéficient d’une évolution technique très importante avec notamment le travail fait sur les semelles de contact et les EVA.

En complément du matériel, je m’appuie aussi énormément sur les avancées en termes scientifiques que ce soit au niveau nutrition ou physiologie. L’Ultra reste une pratique relativement jeune d’un point de vue scientifique et extrêmement intéressante en terme d’investigation. Chaque année, de nombreuses études sont faites sur l’UTMB auxquelles j’essaye de participer lorsque les sujets me le permettent.

Sébastien Camus
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Gaël Couturier : la team Garmin c’est une bande de potes ? Mais des potes qui carburent à haut niveau hein quand même…

Sébastien Camus : Le critère de sélection principal reste l’humain. Le Team a beaucoup évolué et il s’est construit à chaque fois sur des rencontres et des échanges avant de se construire sur un CV sportif. Je suis ravi de le voir perdurer et de voir le travail effectué depuis toutes ces années pour en arriver là. C’est une grande satisfaction pour moi. Nous sommes actuellement 4 au sein du Team et nous nous donnons à 200% dans notre passion.

Sébastien Camus
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