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Tiendra-t-il la distance et le dénivelé de notre UTMB ? Sera-t-il le premier Américain homme à s’imposer à Chamonix ?

Par Gaël Couturier. Interview réalisé par téléphone le 1er Août. Photos © Frank Maxwell, G.Meuli, 9mind Asylum, Hoka One One.

Suite de l’interview exclusive avec ce diable qui s’habille en Hoka One One. Voici comment il va (essayer de) gagner l’UTMB et faire la nique au maître des lieux, Kilian Jornet bien sûr. Le combat des chef s’annonce sanglant ! C’est une image. Ce qui est bien avec Jim Walmsley c’est qu’il ne mâche pas ses mots. C’est un type très doux, très intelligent. C’est un rêve pour un interviewer. Mais qu’est-ce qu’il balance !  Il dit ce qu’il pense, il critique, il est franc, vrai, il raconte tout. Vous allez voir.

Jim Walmsley
Jim Walmsley
Jim Walmsley

Gaël Couturier : Bon alors parlons bien mais parlons bien Jim : quelle stratégie allez-vous adopter pour vous y imposer  justement sur cet UTMB ? Est-ce qu’une des clés ne serait pas de laisser partir Kilian devant tout seul par exemple ?

Jim Walmsley : Hum…alors, si je me base sur ce qui s’est passé l’année dernière, ni lui ni François n’avait vraiment réagi à mes attaques. De mon côté, je ne voulais pas non plus partir devant tout seul, surtout la nuit. C’est pourquoi à chaque ravitaillement, je les attendais un peu. Mais cette année, les choses sont différentes. Après ma victoire sur la WS100, je vais à l’UTMB avec le max de confiance, d’autant que mes entrainements se passent bien, même si je suis fatigué. Ma stratégie  est donc la suivante : je veux rester beaucoup moins de temps aux ravitaillements. Pour cela, j’ai besoin que mon plan nutritionnel soit le plus efficace possible. J’ai besoin qu’il soit parfait : je stoppe aux ravitaillement juste pour changer de bouteilles et reprendre quelques calories en aliment. C’est tout. Je vais aussi bien regarder la météo pour emporter la tenue la plus adaptée pour la nuit, sans me charger inutilement. Bon. Sans doute que je vais prendre des affaires plus chaudes qu’en 2017 car j’avais eu, disons…un peu froid, c’est vrai. J’avais donc brulé un peu plus de calories que prévu…(Rires). Je ne veux pas donner de minutes à mes poursuivants en ralentissant pour les attendre.

Gaël Couturier : Surtout que Kilian, s’il est derrière vous, n’est pas un poursuivant comme les autres…

Jim Walmsley : Oui, Kilian est un problème, forcément. D’autant qu’il est visiblement dans une forme spectaculaire en ce moment alors je ne sais pas, on verra. Mais si je compare ma forme du moment et ma forme de l’an passé à la même époque, je me vois bien en tête de course du début à la fin. Pourquoi pas ? D’autant qu’à mon avis, sur le premier 1/3 de la course, ou même sur la première moitié, et par rapport aux concurrents qui peuvent aussi jouer la gagne, il y en a d’autres, j’ai clairement les moyens d’être devant. Je crois que ça va être une question de confiance en moi, avoir conscience que j’ai fait le boulot à l’entraînement, que j’ai bien progressé par rapport à l’an passé, que je suis monté en gamme. Mais ça va aussi être une question d’initiative, courir sans retenue, être capable d’exploiter au mieux mes forces en début de course pour faire le vide et créer un « gap ». Et puis après, bien sûr, il faut avoir la force d’être encore performant sur la fin de course. Je sais.

Gaël Couturier : Pas mal. En ce qui concerne la nutrition, ça ne sera pas la même chose qu’à la Western States : la météo ne sera pas la même, il fera sans doute plus frais, voir froid parfois peut-être, et puis vous serez dans la montagne pendant un peu plus longtemps quand même. La course ne se fera pas en 14-15h….

Jim Walmsley : Absolument. Mais je ne prends justement pas mon succès de la WS100 sur le plan nutritionnel pour un acquis définitif. Je suis très très prudent sur ce point. Mais vous savez, si tout se passe bien, la course peut se faire en 19h, ce qui n’est pas si différent que ça. Non ? Et si les choses se passent vraiment très bien, alors ça peut même se faire en 18h. On verra. Mais c’est vrai que si la météo fait des siennes, vous soulevez un point important, et qu’il se mette à faire un vrai mauvais temps de montagne comme on a pu le voir par le passé autour du Mont-Blanc, alors ça peut se transformer en 22-23h facilement, en effet. Tous les scénarios sont possibles en montagne n’est-ce pas ?

Jim Walmsley
Jim Walmsley

Gaël Couturier : Parlons brièvement de Tim Tollefson. C’est un Américain, du team Hoka One One lui aussi, et il a terminé deux fois troisième de l’UTMB (2016, 2017), et une fois second de la CCC (2015). Le considérez-vous comme une menace ?

Jim Walmsley : Mouais…je ne suis pas sûr qu’il s’intéresse tant que ça à la victoire. Sa façon de courir est beaucoup trop conservatrice à mon goût. L’an passé, je l’ai vu au départ et puis à La Fouly quand je faisais une pause. Il est fort, oui, mais bon.

Gaël Couturier : Entre compatriotes, vous vous parlez, vous échanger des conseils, des idées ?

Jim Walmsley : Non. Disons qu’il n’a pas encore été le mec le plus sympa que je connaisse avec moi. Mais j’ai d’autres coureurs Américains que je connais bien, comme Tim Freriks par exemple, lui aussi du team Hoka One One. Je sais qu’il aurait préféré faire l’UTMB mais je crois que son entraînement n’est pas aussi optimum qu’il l’aurait souhaité. Du coup, je pense qu’il va s’aligner sur la CCC. Il y a aussi Cody Reed, qui est d’ailleurs avec moi à Silverton en ce moment et qui devrait aussi faire la CCC. Il faut dire que je pousse pas mal la machine. Mon niveau d’entraînement ici est assez élevé, ce n’est pas facile. Alors mes copains viennent me voir, oui, mais ils ne restent que quelques jours. Ils courent avec moi et puis ils font un break. Je crois qu’ils sont détruits après…Je pense que deux autres Américains peuvent aussi vraiment faire quelque chose à l’UTMB cette année. Il y a Alex Nichols et Andrew Miller. Leurs forces s’accordent bien aux exigences de cette course. Alex a pour lui l’expérience de courir en Europe. Quant à Andrew Miller, bon, je sais qu’on va pas mal parler de lui à Chamonix et, moi qui l »ai vu s’entraîner quand il était à Flagstaff je peux vous dire que c’est justifié, même si, malheureusement, je ne le trouve pas assez régulier. Il s’entraîne, mais pas de manière précise. Il fait un peu n’importe quoi, sans analyser ses données GPS par exemple. Mais bon, s’il est dans un bon jour, alors, je ne sais, il peut faire des dégâts autour de lui. 

Gaël Couturier : Andrew Miller…il est chez Nike non ?

Jim Walmsley : Non. Vous confondez avec Zach Miller. Zach était un temps en tête de la course en 2016, mais en 2017 il avait mal au dos. Je l’ai vu quelques fois ici dans les montagnes San Juan et je peux vous dire qu’il est en forme lui aussi. Andrew Miller, il est chez The North Face. Quant à Alex Nichols, c’est un coureur Scott.

Jim Walmsley

Gaël Couturier : Imaginons une seconde que vous gagniez l’UTMB dans quelques jours. Qu’est-ce qui vous motiverait après ça ? La Hardrock 100, qui s’est déroulé il y a peu ? Le Grand Raid de la Réunion où vous avez eu des difficultés l’an passé ? Le Marathon Des Sables ?

Jim Walmsley : Si je ne m’impose pas à Chamonix, j’aimerais prendre un an ou deux pour faire des courses plus rapides, sur le modèle de la Western States 100. Le Comrades Marathon l’an prochain me tenterait bien. Mais j’aimerais me donner deux chances de faire cette belle course, une année dans un sens, 87 km en montée, et une année dans l’autre, 90 km en descente donc (le sens de la course alterne d’une année sur l’autre, ndlr). Mais je ne voudrais pas non plus me focaliser sur cette course trop longtemps car j’aime vraiment le format des 100 miles de montagne. J’aimerais aussi tenter les                 « Olympic trials » Américains sur distance du semi-marathon. Il faut passer sous les 64 minutes et c’est ce que j’aimerais réussir à faire. Ça marquerait alors mon arrivée sur la distance du marathon sur route. Et puis peut-être l’an prochain, en deuxième partie de saison, j’aimerais aussi m’attaquer au record de Matt Carpenter sur Leadville 100 (15h42′, ndlr). Aux USA c’est une épreuve prestigieuse et un incroyable record. D’autant que c’est en haute altitude. Et puis Matt est l’un de nos meilleurs ultra runners de tous les temps.

(Pour ceux qui lisent l’anglais voir : https://www.irunfar.com/2012/08/matt-carpenter-will-his-records-stand-forever.html)

Gaël Couturier : Et la Badwater ? Le Spartathlon ?

Jim Walmsley : Le Spartathlon oui, il m’intéresserait, bien davantage que la Badwater d’ailleurs. J’ai du mal à trouver la Badwater excitante.

Gaël Couturier : Je disais ça parce que vous aimez la chaleur…

Jim Walmsley : Oui mais pour la Badwater, ils ont changé le parcours et vous courez maintenant de nuit donc vous échappez aux heures les plus chaudes. Et puis c’est une course sur route du début à la fin. Malheureusement, je crois que la course a perdu de son prestige, sans parler de la compétition en elle-même qui n’est franchement plus très relevée.

Gaël Couturier : Bon. J’avoue je suis un peu déçu. Je pensais que la Badwater pouvait encore exciter un type comme vous.

Jim Walmsley : Bof. En revanche, m’attaquer au record du monde du 100 km sur route, ça c’est quelque chose qui me ferait vraiment plaisir ! Même chose pour le record du monde du 50 miles d’ailleurs. Et puis ces deux records tiendraient une place logique dans ma quête de victoire au Comrades Marathon. Il faut que je fasse un peu de recherche sur toutes ces courses qui m’intéressent. Pour le moment, les objectifs les plus sérieux seraient donc le Comrades Marathon 2019 et 2020, et le record du Leadville 100. Après bien sûr, dans la série des 100 miles il y a aussi Hardrock, Wasach, Big Horn, sans oublier votre Grand Raid de la Réunion là…. Mais je ne pense pas qu’on puisse s’attaquer aux records, favoriser la vitesse éternellement. Le corps en prend un coup quand même. Il faut faire ça quand on est jeune. La fenêtre de tir n’est pas si grande que ça donc et pour moi c’est justement le bon moment (Jim aura 29 ans en janvier prochain, ndlr).

Jim Walmsley

 Gaël Couturier : OK, dernière question Jim : quelle est l’erreur que vous aviez faite par le passé à l’UTMB que vous ne referez pas ?

Jim Walmsley : Je ne veux plus laisser du temps à mes adversaires pour rien. Je ne veux plus les attendre aux ravitaillements comme je l’ai fait en début de course l’an passé à l’UTMB. Je veux qu’ils aient à se battre si je suis devant, surtout Kilian. Je veux qu’ils luttent pour rattraper les minutes de perdues. Notez que je ne parle bien sûr pas de la seconde partie de course de 2017 quand j’étais au fond du trou à la Fouly à me réchauffer en buvant de la soupe…. Je veux faire ma course cette année, être plus sûr de moi. J’ai regagné ma confiance et je n’ai plus peur de courir tout seul la nuit dans la forêt.

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