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Le 11ème Tarawera Ultra-Marathon trail running festival en pays Māori a révélé des choses bien étonnantes !

Par la rédaction, avec Gaël Couturier. Photos © Graeme Murray, Kurt Matthews, M. Trappe, Kurt Schilling / Tarawera Ultra-Marathon pour Ironman.

Les petits secrets de Dauwalter, Herron, Browning et les autres.
Les petits secrets de Dauwalter, Herron, Browning et les autres.

Nous avons choisi de revenir sur cette course car elle a été le théâtre de bien des rebondissements le weekend du 9 et 10 février dernier. Ce 11ème Tarawera Ultra-Marathon trail running festival, seconde édition de l’Ultra Trail World Tour, a en effet mis en lumière des athlètes qui sont – n’en doutons pas – les nouvelles stars de la discipline. Il y a Courtney Dauwalter, d’abord, la fille au baggy short qui ne paye pas de mine, Camille Herron, ensuite, celle qui bat les hommes à plat de couture et sans se retourner (ni état d’âme), et Jeff Browning le vétéran un peu sur le retour, vieux sage père de famille tranquille qui a tout vu tout connu, mais qui n’a visiblement pas pris une ride ; sans oublier bien sûr l’étonnant Cody Reed, pote de Jim Walmsley et Tim Freriks à la ville, du gang des Coconino Cowboys (né en Arizona et qui comprend aussi Eric Senseman et Jim Jared Hazen). Voici donc les explications et les interviews de ces athlètes en exclu. Cet article est un peu long mais vaut son pesant de cacahuètes. Vous allez voir.

Les petits secrets de Dauwalter, Herron, Browning et les autres.
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Pour rafraîchir la mémoire de ceux qui auraient oublié de jeter un œil sur nos récents articles sur cette course qui en est à sa 11ème édition – elle s’est lancée en 2009 – voici, là et là :

http://leblog.enduranceshop.com/tarawera-ultra-marathon-qui-vient-en-nouvelle-zelande-en-fevrier-part-ii/

https://leblog.enduranceshop.com/qui-vient-en-nouvelle-zelande-en-fevrier/

De quoi est composé cette course qui se déroule autour de Rotorua, dans la région de Tarawera, au Nord-Est du pays ?

Il y a d’abord 4 distances : 20 km, 50 km, 102 km et un 100 mile (160km). Seule la distante du 102 km fait partie de l’Ultra-Trail® World Tour mais la course de 100 miles est soutenue par un fond local dédié au développement du tourisme, le New Zealand Major Events Development Fund. Les deux distances permettent de se qualifier pour le tirage au sort de la fameuse Western States 100-mile Endurance Run, le 100 miles le plus vieux du monde. On commence avec le 102 km qui a vu la victoire surprenante d’un quasi-local, l’Australien Reece Edwards. Chez les femmes, c’est donc l’irrésistible Courtney Dauwalter qui s’impose devant un parterre de prétendantes talentueuses.

Les petits secrets de Dauwalter, Herron, Browning et les autres.
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D’abord, il faut noter que la météo était vraiment idéale pour pratiquer le trail running à 6h du matin ce samedi 10 février quand la course s’est lancée du Firmin Field dans la ville de Kawarau.

463 participants étaient au départ de ce 102 km. Le parcours ? Un mix bien épais de sentiers, routes forestières, bush local, forêt de conifères, champs fermiers et autres paysages de termes chaudes. Ensuite, il faut noter que le Reece Edwards en question, le vainqueur, n’est pas n’importe qui. L’homme, 28 ans, vit à Canberra en Australie et a en effet couru 2h16′ au dernier marathon de Chicago. 2h16 ! Quand même. Qui a dit que les ultra-trailers étaient des pieds tendres et des wagon-lits en plomb ? Reece Edwards s’impose donc en 8h22’51 », même si c’est Cody Reed, un copain barbu de la star Jim Walmsley, qui a mené la course, presque, de bout en bout, à un km de distance de ses plus proches poursuivants. Ce n’est que dans les derniers 20 km que notre australien a donc pris les choses en main. Il a rattrapé Cody Reed et il l’a…séché.

Les petits secrets de Dauwalter, Herron, Browning et les autres.
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« Je suis épuisé, complètement cuit, et c’est, de loin, la chose la plus difficile que j’ai jamais faite dans ma carrière. Par rapport à un marathon, c’était une journée de fous, vraiment de fous » nous a ainsi déclaré l’aussie Reece Edwards peu après avoir franchi la ligne. Il a ensuite ajouté : « J’étais dans le rythme au départ mais à partir du 40ème km  et jusqu’au 65ème km je suis resté autant sur la réserve que possible car je ne n’arrivais pas à suivre Cody. Il est plus technique que moi et je ne pouvais rien faire, d’autant que mes chevilles ont bien failli valser à plusieurs reprises. Je me suis donc détendu et j’ai déroulé comme je pouvais, sans me mettre en danger. Et puis une fois passé le km 70, j’ai entendu qu’on me criait les écarts et j’ai réalisé que je n’étais qu’à 4 minutes du leader. Moi qui pensais que j’avais marché pendant au moins dix minutes ! J’étais ravi. Et j’ai tout de suite changé d’état d’esprit : je me suis remis en chasse ».

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À 14 km de l’arrivée, au ravitaillement nommé Blue Lake, Reece Edwards repasse donc en tête. Il passera la ligne avec 7 belles min d’avance sur son poursuivant, Cody Reed donc. Reece Edwards : « Je suis sensé aller au Japon pour faire un marathon et faire descendre mon PB (Personnal Best, ndlr) maintenant mais, là, franchement, je ne sais pas trop ce que je vais faire… ». Quant à Cody Reed, il avait également terminé second l’an passé, à moins d’une minute du vainqueur Harry Jones, il semblait, malgré la fatigue, tout à fait prêt à revenir une 3ème fois consécutive en 2020 : « j’avais prévu de revenir faire le 100 miles en 2020, mais je pense quand même qu’il faut que je gagne cette foutue course de 102 km avant » nous a-t-il ainsi avoué avant d’ajouter : « Je crois que j’ai trop souffert de la chaleur sur les derniers 30 km. C’était les 30 derniers km les plus durs de toute ma vie ! ». Étonnant pour un garçon qui vit en Arizona mais bon….

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Chez les femmes, Courtney Dauwalter a largement dominé les débats.

En 2017, Courtney Dauwalter avait commencé par remporter la Moab 240-mile Endurance. L’été dernier, elle a remporté la Western States 100-miles Endurance Run, en arrivant 1h10 devant sa plus proche poursuivante et 12ème au classement général, loin devant des coureurs masculins de renom comme justement Tim Fredriks, ou encore le français Erik Clavery. Courtney avait aussi remporté l’Ultra Trail Mt Fuji 100 et fini deuxième, derrière un homme cette fois, à la Big Backyard Ultra, une course « ridicule » mais osée organisée par Lazarus Lake, le créateur de la Barkley, où il s’agit simplement de courir 6,7 km par heure….jusqu’à ce que tout le monde abandonne et qu’il n’en reste plus qu’un, ou qu’une. Bon, et en décembre dernier, The New-York Times lui a aussi consacré un long article. Une première pour ce sport. Depuis, Courtney Dauwalter est devenue la star féminine de la discipline qu’est l’ultra-trail running, aux côté de Camille Herron, dont nous parlerons juste après. Car elle aussi, dans le genre phénomène, elle ne passe pas inaperçue.

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Courtney Dauwalter, 33ans, qui vit donc dans le Colorado, était visiblement très satisfaite d’avoir remporté ce Tarawera Ultra-Marathon, admettant tout de même avoir ressenti la pression mise par ses adversaires tout du long. « C’était vraiment super cool d’être là, sur ces sentiers, avec toutes ses compétitrices, mais j’ai couru toute la course avec la peur au ventre et je n’ai jamais cru que j’allais m’imposer jusqu’à la dernière minute ! » nous a expliqué la belle. « J’ai bien regardé les paysages, c’était un must. C’est tellement vert  et préservé ici ! J’essayais d’être constante, je ralentissais dans les montées bien sûr mais j’essayais de ne pas trop me ralentir. Il y avait un point assez technique entre le 3ème et le 4ème ravitaillement, avec des racines aux sols qui n’étaient pas faciles à négocier. Pour finir, ce que je retiens surtout de ce déplacement dans ce coin de la Nouvelle-Zélande, ce sont les gens. La communauté ici est très soudée, c’est vraiment hyper chaleureux et c’est ça qui, pour moi, fait vraiment sortir cette course de l’ordinaire » a-t-elle ajouté. Ah, quand on vous disait qu’elle valait le coup cette course !

Les petits secrets de Dauwalter, Herron, Browning et les autres.
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Il est vrai que les vainqueurs ont été accueillis par un classique, mais non moins impressionnant, haka des familles, soulignant à quel point les Iwi, les descendants des premiers polynésiens qui sont arrivés en Nouvelle Zélande, sont investis dans cet événement du bout du monde. Notons quand même qu’une française, régionale de l’étape puisqu’elle vit en Nouvelle-Calédonie, termine 3ème. Pas mal !

Résultats du 102km

Hommes

1 Reece Edwards, Australie, 8:22:51
2 Cody Reed, USA, 8:29:44
3 Harry Jones, Grande-Bretagne, 8:30:35

Femmes

1 Courtney Dauwalter, USA, 9:28:03
2 Stephanie Auston, Australie, 9:49:22
3 Angelique Plaire, France (Nouvelle Calédonie), 10:39:47

Résultats complets sur www.taraweraultra.co.nz

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Passons au 100 miles maintenant. Parce que là aussi, il s’en est passé des choses.

Les deux américains Jeff Browning, alias Bronco Billy, et Camille Herron ont en effet clairement fait le show. Et dans les grandes largeurs. Pour le premier, malgré une erreur d’aiguillage importante, il revient dans la course et s’impose, en repassant devant Camille Herron. Car pour cette seconde, elle termine première féminine mais également seconde au classement général, juste derrière Jeff Browning donc. Hein ? Oui oui. Remarquable. Incroyable vous voulez dire !

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Le départ du 100 miles, dont le cut-off était de 36h, ce qui correspond au dimanche, à 16h, a quant à lui été donné à 4h du matin, toujours ce samedi 10 février.

Les élites partent très (très) vite. C’est Camille Herron qui d’ailleurs mène le train devant tout le monde, talonnée par Zac Marion (USA), Jeff Browning (USA) et Grant Guise (NZL). Aucune fille ne peut suivre. L’ américaine va ainsi mener la course de bout en bout à une allure folle, du moins jusqu’à ce que Jeff Browning la rattrape enfin et la passe à 27 petits km de l’arrivée. Une histoire dingue mais qui n’est pas si étonnante quand on connaît le phénomène (voir notre sujet ici où nous détaillions le palmarès incroyable de cette américaine décidément pas comme les autres : http://leblog.enduranceshop.com/camille-herron-a-bien-failli-mourir/)

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Quant à Browning, c’était sa première visite en Nouvelle Zélande.

Cela explique peut-être pourquoi il s’est perdu et a fait un tour de 4,5 km en plus, autour du lac nommé Green Lake, avant de retrouver son chemin. « Je n’ai pas fait très attention et à un moment, je me suis élancé sur le parcours du 50 km. J’ai donc fait un tour complet du lac, ce qui m’a mis à 45 min derrière Camille. Et quand je me suis retrouvé au même endroit je me suis dit noooooooooon. Et, du coup, j’ai passé le reste de la journée à jouer au chat et à la souris et essayer de rattraper ce bolide de Camille » nous a-t-il témoigné, un brin embarrassé avant d’expliquer comment il a réussi non seulement à rattraper son retard mais également battre le record de l’épreuve de plus de 3h : « Je savais que j’étais dans le top 10 mais je ne savais pas exactement où j’en étais. J’ai rattrapé quelques gars et je suis passé en troisième position, juste derrière Zac Marion et Camille. Puis j’ai rattrapé Zac et enfin Camille, en haut d’une côte. Je savais que je pouvais la rattraper dans les descentes et les parties plus techniques. À chaque ravitaillement, on me disait que je revenais peu à peu. J’étais confiant. Je grignotais 10 min en 7 km, puis 14 min dans un 10 km suivant, et ainsi de suite. Je suis un bon coureur dans les parties techniques et c’est clairement là que j’ai refait mon retard ». En effet ! Rappelons que Jeff Browning a presque 48 ans !

Les petits secrets de Dauwalter, Herron, Browning et les autres.
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Camille Herron?

Elle termine donc deuxième du classement général, une semaine après cet accident de voiture que nous avions raconté la semaine dernière ici : http://leblog.enduranceshop.com/camille-herron-a-bien-failli-mourir/. Bien entendu, et même si elle a déclaré « prendre un bon gros mur au 80 ème km », elle bat elle aussi le record féminin : « C’était très dur, je n’avais plus rien dans le ventre. J’ai vraiment tout donné aujourd’hui et, vers ce km 80, je ne sais pas ce qui s’est passé. Je me suis soudain sentie très fatiguée. Et puis j’étais un peu rouillée aussi car ça faisait longtemps que je n’avais pas fait de courses de trail running. J’aurais peut-être dû faire le 100 km en fait, je ne sais pas…. » a-t-elle ainsi expliqué une fois passée la ligne, provoquant pour le moins la surprise des journalistes qui s’étaient rassemblés autour d’elle. « Je crois que je vais juste profiter de l’instant présent, savourer. Comme vous le savez, j’ai eu un accident de voiture qui aurait pu beaucoup plus mal se terminer et je suis juste très heureuse d’être en vie, d’être ici et d’avoir gagné cette course. C’est sûr que battre en plus le record de la course c’est assez dingue, étant donné ce qui m’est arrivé ces dernières semaines. Mais si vous me demandez comment j’ai fait, je vais vous répondre que je ne sais pas, en dehors du fait que c’est le genre de truc qui me définit, peut-être. Peu de gens sont capables de continuer à avancer quand ils traversent de graves moments de fatigue où rien ne va plus. Mais moi si. C’est comme ça. C’est d’ailleurs comme cela que j’ai réussi à battre mon record du monde du 24h ». Elle n’oubliera pas de nous dire aussi qu’elle a récupéré deux parts de pizza Dominos, un des sponsors de l’épreuve, et une bière dans les derniers km de la course. Une course sans bière pour Camille Herron, c’est comme un matin sans soleil : «  C’est sûr que ces deux tranches de pizza, et cette petite bière, m’ont bien aidée à continuer de pousser sur les derniers km, et pouvoir rejoindre cette foutue finish line ! ». Ben voyons ! Quelle star cette Camille Herron quand même.

Les petits secrets de Dauwalter, Herron, Browning et les autres.

Résultat du 100 miles

Hommes

1 Jeff Browning, USA, 16:18:54
2 Grant Guise, Nouvelle-Zélande, 19:24:08
3 Akio Ueno, 19:51:12

Femmes

1 Camille Herron, USA, 17:20:52
2 Katie Wright, 23:43:26
3 Lesley Park, 24:07:38

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