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« Few things in life match the thrill of a marathon », Fred Lebow.

Par la rédaction. Photos © New York Road Runners / TCS New York City / RaiSport / Lacerations

Bien sûr qu’on va vous la traduire la phrase de Fred Lebow, le créateur du marathon de NYC, le type génial par qui tout ça est arrivé. Mais avant ça, on va reconnaître tous ensemble que ce marathon américain du weekend dernier est à marquer dans les annales de cette épreuve. Bien. La course chez ces messieurs ? Une course menée tambour battant, un finish exceptionnel, vous allez voir, vous allez tout savoir. Et chez les femmes alors ? Et bien chez les femmes, on en parlera très vite avec un autre article, il n’y a quasiment pas eu de course tant Mary Keitany, seconde l’an passé derrière l’américaine Shalane Flanagan, a décidé d’imposer sa griffe dès le Queensborough bridge, peu après la marque du semi-marathon, au km 25 exactement. Elle s’est ensuite logiquement mais très élégamment imposée pour la 4ème fois. Mais voici d’abord dans le détail ce qui s’est passé chez les garçons.

Manhattan
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La revanche des Éthiopiens

Au début Lelisa Desisa, l’éthiopien de 28 ans, est plus ou moins resté tranquille. Et puis il a fini avec une passion folle, soulevant des cris encore plus forts dans la foule qui se presse chaque année derrière les barrières de Central Park, là où se termine le marathon de New-York, le plus populaire au monde. Ses 2h05’59 » est le deuxième chrono le plus rapide des 48 années de l’histoire de cette course (le meilleur chrono est détenu par ‎le Kenyan Geoffrey Mutai‎. Il est de 2h05’05 » et a été réalisé en ‎2011). Son partenaire d’entraînement, son protégé même parait-il, resté intelligemment au contact toute la course, l’a littéralement pris en chasse sur les derniers km, dans Central Park et jusqu’à la dernière petite côte qui remonte en direction de Tavern on the Green, pour ceux qui connaissent (où sont les geek ?). Son chrono restera lui aussi dans les anales car c’est le second plus rapide de l’histoire de la course : 2h06’01 ».

Une fois franchie la ligne, les deux compères sont tombés dans les bras de leur entraîneur, Haji Adillo Roma.

C’est vrai qu’avec le statut de superstar du Kenyan recordman du monde Eliud Kipchoge, sans oublier toutes les victoires de ses autres Kenyans ces temps-ci, dont la belle Mary Keitany, on y reviendra ici plus tard, il est très facile d’oublier le très très bon niveau des Éthiopiens. D’ailleurs, qui était le grand favori de la course dimanche dernier à New-York sinon le Kenyan Geoffrey Kipsang Kamworor, vainqueur l’an passé et ami proche (protégé aussi) du maître Kipchoge ? Jusqu’au km 38, c’est vrai que ce bon Kamworor avait l’air de maîtriser sa course comme prévu, tenir la victoire, ne rien lâcher à ses adversaires. En réalité, il souffrait et sa vitesse avait légèrement baissé. Les statistiques l’ont confirmé. Desisa, lui, avec son air inquiet et son étonnant petit bonnet de laine (8°C au départ il faut le dire), était en fait à l’affut, veillait, s’accrochait, cachait son jeu même, faisait un peu le fou, et attendait en réalité, bien malin, le bon moment pour surgir et placer une attaque imparable. Au km 40, Desisa a commencé par jeter son bonnet par terre et puis il a immédiatement placé une accélération qui l’a propulsé devant, en tête de la course.

Bien entendu, ce Lelisa Desisa, n’est pas un inconnu.

Il a notamment gagné deux fois le marathon de Boston (2013 et 2015), une ville où il est considéré comme une star après avoir notamment rendu l’une de ses médailles en signe de respect pour les attaques de 2013 dont nous nous souvenons malheureusement tous. Mais en cinq tentatives à New-York, Lelisa Desisa n’avait terminé que trois fois sur le podium, sans toutefois jamais parvenir à s’y imposer. Après la course, il déclarera à la presse présente : « Je suis enfin champion ici ! Car à New-York, j’ai fait deux, puis trois, puis je ne me suis même pas monté sur le podium, puis à nouveau trois et maintenant je gagne. Je me suis éreinté à essayer de gagner NY. Le faire enfin, cette année, c’est un rêve pour moi ». On le croit volontiers. 

Shura Kitata représente l’avenir du marathon éthiopien 

Alors que Lelisa Desisa gagne des marathons depuis ce tristement célèbre Boston de 2013, c’est ce jeune Shura Kitata, 22 ans, qui incarne le renouveau du marathon éthiopien. En avril, souvenez-vous, nous vous en parlions ici, avec de magnifiques photos du marathon de Londres : http://leblog.enduranceshop.com/king-of-the-world

À Londres donc, quelques mois avant NY donc, Shura Kitata talonne en effet le grand Kipchoge et bat son propre record personnel avec un magnifique 2h04’49 ». Ce n’est pas tout ! Il a aussi couru un semi à Philadelphie en septembre dernier en 59’16 » ! Pas étonnant qu’il soit parti avec la rage au ventre, les yeux plein d’espoir et d’envie, devant tout le monde et dès le Verrazzano-Narrows Bridge du départ, comme seul un jeune de 22 ans, un peu chien fou, sait le faire. Après la course, Kitata déclarera à son tour : « J’ai fait exactement ce que mon coach m’a dit de faire. J’avais vraiment confiance en moi et en mes capacités à faire un excellent chrono. J’ai certes senti un peu trop de douleur dans mes jambes à un moment donné alors je suis repassé derrière Lelisa et Geoffrey. Mais, à la fin, quand mes jambes se sentaient mieux, j’ai retrouvé de l’énergie et tout de suite su que je pouvais finir deuxième ».

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Vainqueur l’an passé, Geoffrey Kamworor reste sur le podium cette année

 

Geoffrey Kamworor, dont le mentor est Kipchoge, avait une triste mine lors de la conférence de presse d’après course, dont il peut quand même se satisfaire du fait que son chrono de 2h06’26 » soit la 4ème le plus rapide de l’histoire de la course, et 4 minutes plus rapide que son chrono de 2017. Il a déclaré, la tête haute : « Je suis quand même content vous savez. J’ai donné le meilleur de moi-même. C’est vrai que face à la stratégie Éthiopienne, il était seul et n’a rien pu faire, son compatriote Daniel Wanjiru ayant disparu de la tête de course dès le passage du semi et Festus Talam, moins connu, ayant carrément craqué aux alentours du km 32. À la marque du km 5, ces Éthiopiens trustaient déjà les quatre premières places, avec un fantasque Kitata tout sourire et seul devant, d’une trentaine de mètres. À l’entraînement, Kitata et Desisa se connaissent bien. C’est pourquoi, sans doute, ils ont fait la course ensemble, côte à côté, sans se lâcher, même quand Kitata ralentissait un peu aux ravitaillements, ils échangeaient l’un et l’autre des signes de la main et restaient au contact l’un de l’autre. Leur coach, Haji Adillo Roma (@HajiAdilo), avait déclaré avant la course à leur sujet : « Ils ont été bien préparés ». C’est en effet le moins qu’on puisse dire ! « Nous avons accéléré passé la marque du 35ème » ajoutera encore Lelisa Desisa.

 

Un grand média de sport américain a écrit ce commentaire, le lendemain de la course :

 

« La rivalité entre Kenyans et Éthiopiens est souvent méconnue, totalement sous-estimée par les critiques mais quand Lelisa Desisa a gagné Boston en 2013 et 2015, les Éthiopiens ont travaillé ensemble pendant la course pour sa victoire. A New-York aujourd’hui, il a pu nous sembler que Kitata, du haut de ses 22 ans, était la star et que Desisa, plus vieux était là pour le soutenir, le protéger. Mais non ! Car quand Kamworor a attaqué au 35ème km, c’est Lelisa Desisa qui s’est rapproché de lui et Shura Kitata qui est resté derrière ». Et quand dans les derniers 800 mètres, Kitata est revenu à la charge contre Kamworor et l’a dépassé en quelques secondes, il s’en est aussi fallu de peu pour qu’il avale Desisa dans son élan qui, heureusement, n’a rien lâché et s’est imposé avec seulement deux petites secondes d’avance. « À environs 800 mètres de l’arrivée, je l’ai vu qui revenait sur moi a ainsi encore déclaré Lelisa Desisa à propos de Shura Kitata. Je le connais. On s’entraîne ensemble. Il est jeune, fougueux, et puissant. Bien sûr que j’ai eu peur de lui, mais c’était mon rêve de gagner enfin   New-York ». Un finish comme celui-là, il n’y en avait pas eu à NYC depuis 2005, lors du sprint final entre le kenyan Paul Tergat qui bat d’une seconde le sud-africain Hendrick Ramaala. En prize money, cette année, Lelisa Desisa est reparti avec $100,000 pour sa victoire et un bonus de $45,000 pour être passé sous les 2h06′.

 

Manhattan
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Alors, au fait, il disait quoi ce Fred Lebow ? « Few things in life match the thrill of a marathon », ça veut dire « peu de choses dans la vie sont aussi excitantes qu’un marathon ». Allez, je vous en donne une autre de ses petites phrases parce qu’il le vaut bien et que ça devrait vous, nous, mettre du baume au cœur : « In running, it doesn’t matter whether you come in first, in the middle of the pack, or last. You can say, ‘I have finished.’ There is a lot of satisfaction in that ». Ce qui veut dire : « en course à pied, peu importe que vous soyez premier, dans le gros du peloton ou même dernier. Vous pourrez toujours dire ‘j’ai fini’. Il y a beaucoup de raisons d’être satisfait de cela ». Fred Lebow. Souvenez-vous de ce nom. C’est du niveau d’un Pierre de Frédy Baron de Coubertin là quand même. Ahhhh Manhattan….

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