Sélectionner une page

Il s’est entraîné comme un enragé. Il est venu. Il a vu. Il a vaincu.

Par la rédaction, avec Nicolas Brun.
Photos © Mizuno, Jolie Foulée, Jeremieroturier.com, www.joliefoulee.fr

Le petit Nicolas, 29 ans, un des derniers arrivés dans l’équipe, est notre VIP du moment. Il vient en effet de battre son record sur marathon, à Amsterdam, dimanche dernier, on vous l’avait dit sur FB. Après un déjà très joli 2h48’29 » au marathon de Valencia l’an passé, il affiche désormais un magnifique 2h46’02 » en PB, Personal Best. Le tout en préparant son mariage et avec un job à plein temps. Comme quoi. Quand on veut, on peut. Jolie foulée. Nous lui avons posé des questions avant la course de dimanche, et puis après aussi. Il y a beaucoup à apprendre d’un garçon comme lui.

Marathon d'Amsterdam 2018
Marathon d'Amsterdam 2018

Voici les questions posées avant la course

Le Blog Endurance Shop : Peux-tu nous rappeler ton passé sur marathon : combien, quand, quels chronos, depuis quand, quelle progression en course à pied en général ?
Nicolas Brun : J’ai commencé la course à pied par un marathon ! C’était en 2013 pour le marathon de Paris, j’ai franchi la ligne après 3h36 d’effort. Je venais pour mes études, il me fallait relever un défi sportif. Au final, j’ai chopé le virus et depuis j’ai couru 7 marathons, et j’ai un record en 2h48’29 établi à Valencia en Espagne l’an passé.

Le Blog Endurance Shop : Dis-nous pourquoi ce marathon d’Amsterdam te tient à coeur ? C’est juste une question de date, d’emploi du temps ou bien il y a d’autres raisons comme par exemple le parcours qui est rapide (mais dans ce cas tu aurais pu faire Berlin ou Chicago aussi) ?
Nicolas Brun : J’ai l’habitude de courir des marathons à l’étranger pour faire un peu de tourisme sportif. Je cours le marathon et je prolonge le séjour pour visiter la ville et découvrir la culture locale. Classique, peut-être, mais efficace. Je le recommande. Sur 7 marathons, je suis allé courir 4 fois à l’étranger : Barcelone, Berlin, Boston, car j’étais qualifié, et donc Valencia. Le parcours d’Amsterdam est réputé pour être rapide. C’est donc aussi un choix pour, éventuellement, battre mon chrono sur la distance.

Blog Endurance Shop : Ton matos pour cette course, tu peux nous le décrire et nous expliquer pourquoi tu as choisis tel ou tel produit ?
Nicolas Brun : Je me suis entraîné avec de nombreuses marques de chaussures (Adidas, Nike, Altra, Hoka One One) et j’ai essayé plusieurs produits énergétiques (Oxsitis, Powerbar, Cliff bar, Fasteur).  Pour la course, je vais partir avec une paire de Adidas Adizero Boston 7 parce que c’est ma paire fétiche pour les marathons et avec 5 gels Powerbar : un gel tous les 7km à partir du 7ème, et un bidon d’eau avec des électrolytes à l’intérieur, pour favoriser la réhydratation. Je bois aussi toujours une gorgée d’eau à tous les ravitaillements du parcours.

Marathon d'Amsterdam 2018
Marathon d'Amsterdam 2018
Marathon d'Amsterdam 2018
Le Blog Endurance Shop : parle-nous de ta préparation : elle a été sérieuse, tu as fait quel type de sortie, et combien par semaine ?
Nicolas Brun : Une préparation sur 10 semaines sur le cycle suivant : 3 blocs de 2 semaines intensives (environ 100 km de moyenne) ponctuée par 3 semaines d’assimilation (volume plus léger autour de 60 km de moyenne) et 2 semaines d’affûtage avant le marathon. Cette préparation a été l’objet d’une nouvelle façon de s’entraîner pour moi : j’ai réalisé plusieurs séances biquotidiennes (footing le matin, séance de VMA le soir) qui ont toutes été très bénéfiques pour assimiler le kilométrage très conséquent. Après, c’est du classique : côtes, sorties longues avec des allures marathon, séances de PPG et renforcement musculaire. Au total plus de 850 km, des heures de renforcement. C’est pas de tout repos une prépa marathon !

Le Blog Endurance Shop : Question blessure, ça t’est arrivé ? Si oui, tu as réussi à rester tranquille pour que ça se soigne bien ? Si non, comment expliques-tu que tu ne sois jamais blessé alors ?
Nicolas Brun : Oui, j’ai eu un TFL en 2014 ( inflamation du tenseur du Fascia Lata, ndlr) ! Quel enfer ce truc. Il faut vraiment prendre le temps de le soigner, sinon tu t’en sors jamais. Il faut suivre à la lettre un protocole pour reprendre progressivement (3 mn de course / 2 mn de marche, 4 mn/ 2 mn de marche, etc..). Mais je me blesse bien moins souvent depuis que j’ai une hygiène de vie un peu plus sérieuse.

Marathon d'Amsterdam 2018
Marathon d'Amsterdam 2018
Marathon d'Amsterdam 2018
Le Blog Endurance Shop : Qu’est-ce qui te plaît dans le marathon ? C’est pourtant pas une distance facile, ingrate car elle demande beaucoup de temps d’entraînement, il y a le risque de blessure et puis pendant la course tu dois dépasser la souffrance.
Nicolas Brun : Honnêtement, je me pose souvent la question. C’est une discipline qui demande un vrai cadre et, finalement, j’ai besoin de ça. S’entraîner pour un marathon, c’est vraiment un rythme de vie à prendre et c’est ce qui me guide dans ma vie sportive. C’est un mode de vie et c’est super agréable de le vivre ; du moment où tu attaques ta prépa où tu galères parce que tu es en surpoids et que tu as enchainé trop de bières pendant les vacances, jusqu’à la veille du marathon où tu sais que les nombreuses heures d’entraînement vont enfin servir à quelque chose !

Le Blog Endurance Shop : Tu t’intéresses au fait de faire les World Majors Marathons (Tokyo, Boston, London, Berlin, Chicago New York City) ou pas du tout, et pourquoi ?
Nicolas Brun : C’est un des objectifs oui ! J’ai eu la chance de courir Berlin en 2015, date où le néo recordman du monde Eliud Kipchoge remportait son 1er marathon de Berlin (il les as tous gagné depuis) avec les semelles Nike qui sortaient de ces chaussures. Je m’en souviens encore. Puis j’ai couru Boston en 2017, mon plus beau marathon jamais couru en terme d’ambiance. Je suis inscrit au marathon de Londres en 2019.  Il m’en restera 3 à faire. Ça serait top en effet d’arriver à tous les faire !

Marathon d'Amsterdam 2018
Marathon d'Amsterdam 2018

Le Blog Endurance Shop : Quelles sont les courses qui te font rêver, celles que tu aimerais vraiment faire si tu n’avais pas de limites de temps et d’argent ?
Nicolas Brun : Sur le route, je rêve de pouvoir courir le marathon de Tokyo. La culture nippone m’attire vraiment et j’aimerais pouvoir courir dans ce pays où la course à pied est une vraie religion.

Le Blog Endurance Shop : Et sinon, à part le marathon, une distance reine, tu préfères faire des plus petites distances comme des 10 k ou bien tu penches plus vers l’ultra avec pourquoi pas un 100 km ou même un UTMB, Grand Raid de la Réunion ?
Nicolas Brun : J’ai découvert les courses sur piste, le 1500 m à Saint-Maur notamment. Et j’ai pris un malin plaisir à m’aligner sur cette distance qui est très violente pour le corps, mais qui procure des sensations de vitesse incroyables pour un coureur comme moi, plutôt lent du moins sur ces distances disons. Pour le trail, je n’ai pas envie de tomber dedans tout de suite, je sais que j’y viendrai, isérois de naissance. J’ai déjà fait la Saintélyon, j’en garde un très bon souvenir. Courir une épreuve de l’UTMB ? Avant mes 35 ans, oui, ça serait pas mal quand même.

Le Blog Endurance Shop : Dernière question pour un jeune marathonien passionné comme toi : pourquoi n’a-t-on a pas de marathoniens qui courent au plus haut niveau en France, d’après toi ?
Nicolas Brun : Attendez, un bon groupe est entrain de se former je crois. Je suis persuadé que nos meilleurs français vont se rapprocher du top mondial ; le gap est encore loin mais quand on voit le record de Hassan Chahdi (2h10’20), ou Florian Carvalho pour son premier marathon à Varsovie qui court en 2h15, je suis persuadé que plein de gars vont arriver sous les 2h10 rapidement. En tout cas, je prends les paris qu’aux JO 2024, un français sera Champion Olympique !

Le Blog Endurance Shop : Ton optimisme t’honore Nicolas !

Marathon d'Amsterdam 2018
Marathon d'Amsterdam 2018

Voici les questions posées après la course maintenant 

Le Blog Endurance Shop : Félicitation pour ce nouveau record ! 2h46’02 » par rapport à 2h48’29 », ça n’a l’air de rien mais c’est quand même deux minutes de gagnées. Tu étais visiblement dans un bon jour. Est-ce que dimanche matin quand tu t’es levé tu t’es tout de suite senti en forme ? Sur la ligne de départ tu as réussi à rester suffisamment chaud ?
Nicolas Brun : J’ai fait une préparation très sérieuse et j’avais très envie de répondre présent le jour J. On sait tous que le marathon c’est toujours un peu l’inconnu, mais on peut dire que cela m’a souri. Je n’étais pas loin de Kenenissa Bekele dans le sas de départ, je crois que ça m’a donné des forces ! 

Le Blog Endurance Shop : Nous qui ne courons jamais sous les 3h d’ailleurs, on sait quand même qu’ils n’ont pas de meneurs d’allure pour moins de 3h sur tous les marathons. C’était le cas ici ? Une fois lancé, tu as réussi à te mettre dans un bon groupe avec meneurs d’allure ou bien tu as tout fait seul avec les yeux rivés sur le virtual partner de ta montre ?
Nicolas Brun : Il y avait des meneurs d’allure pour le sub3, mais je ne me focalise jamais sur eux. J’ai un plan de course dans ma tête et j’ai fait en sorte de le suivre.

Le Blog Endurance Shop : C’est à dire ? Il consistait à quoi ?
Nicolas Brun : C’est tout simple : il consiste à visualiser mes temps de passage sur des blocs de 5km et de respecter le temps visé (Entre 19’30 et 19’40 soit 3’54 / 3’56 au km).

Le Blog Endurance Shop : Parle-nous du parcours : il est si rapide qu’on le dit ? C’est beau ? L’asphalte est bon, régulier ? Il n’y a pas trop de virages en épingle à cheveux ? Et le public, il est chaleureux, comparativement aux autres marathons que tu as fait ?
Nicolas Brun : Le parcours est vraiment très joli, oui ! Je ne connaissais pas la ville et tu passes par  plein d’endroits mythiques. Il est plat mais pas si facile que cela, avec des passages bien fourbes, notamment un aller/retour le long de l’Amstel bien venté ou quelques passages de ponts qui usent bien les jambes. Mais ce départ et cette arrivée au stade Olympique, c’est grandiose. Une organisation incroyable, et je recommande vraiment à tous les lecteurs de ton blog de le courir. Le public est chaleureux, mais bon, ça reste quand même une ferveur d’un pays du Nord. Je vous laisse imaginer ce que cela veut dire….

Marathon d'Amsterdam 2018
Marathon d'Amsterdam 2018
Marathon d'Amsterdam 2018

Le Blog Endurance Shop : Ah ah, oui OK, je crois qu’on a compris. On imagine que jusqu’au premier semi-marathon, tout va bien. Raconte-nous comment s’est passée la suite : as-tu souffert ? As-tu eu l’impression de manquer de jus à un moment ? Tu as passé le « mur » avec difficultés ? Est-ce que ton entraînement a payé ? Parce que vu le chrono on a quand même l’impression que c’est un sans faute…
Nicolas Brun : J’avais imaginé le plan suivant : faire 1h23 au semi sans trop de difficultés et essayer de finir fort pour être autour de 1h22 pour la suite si les jambes étaient d’accord. Je suis passé au semi en 1h22’48 dans un état physique correct, sans être trop fatigué, mais je savais que faire mieux au 2ème semi allait être difficile. J’ai donc été prudent et malgré quelques moments bien difficiles sur la fin de course, je boucle le 2ème semi en 1h23’14. Pour être très pointilleux, je regrette ces 3 petites secondes qui m’empêchent de faire 2h45 ! Mais bon, j’avais vraiment plus rien dans les chaussettes !  

Le Blog Endurance Shop : Donne-nous trois trucs positifs que tu retiens de cet événement et trois trucs négatifs ?
Nicolas Brun : 3 choses positives :

– L’attente avant le départ dans le stade olympique : de la place, des toilettes dans les sas (très important), un accès général super pratique.
– Les écrans d’encouragements au 32e : les supporters avaient la possibilité d’envoyer des vidéos d’encouragements aux coureurs de leur choix avant la course. Elles sont diffusées aux participants lors de leur passage : gros moment d’émotion quand tu vois ton père t’encourager sur un écran géant ! Superbe idée vraiment.
– Le parcours qui a permis à nos supporters de nous voir passer à 4 endroits différents !

2 points d’amélioration :

– Leur salon « Running Expo » qui manque un peu d’espace pour vivre un moment détente et agréable avant la course.
– Réfléchir à des teeshirts techniques de couleur unie pour éviter que ces derniers ne finissent dans les bennes à vêtements…

Marathon d'Amsterdam 2018
Marathon d'Amsterdam 2018

Le Blog Endurance Shop : Au niveau de ton matériel, de ta nutrition, tout a bien fonctionné ? Pas de soucis particuliers ? Qu’est-ce que tu peux particulièrement recommander à nos lecteurs ?
Nicolas Brun : L’important c’est de tester son matériel et sa nutrition à l’entraînement. J’ai consommé plus de 3100 calories donc il était nécessaire de bien réfléchir à un apport énergétique pour ne pas connaitre une défaillance. Aucun souci particulier à déplorer. Avoir la possibilité d’avoir une personne au bord de la route pour ne pas transporter tous ces gels/boissons, c’est quand même très pratique ! 

Le Blog Endurance Shop : Tu es la preuve que non seulement l’entraînement paie mais qu’on peut aussi tout à fait avoir un vrai job, une vraie vie privée et produire des performances sur marathon. Est-ce qu’il y a un ou plusieurs secrets que tu peux partager avec nous : qu’est-ce qui selon toi va faire la différence entre une réussite et un échec sur marathon ?
Nicolas Brun : La règle est simple : soit la préparation d’un marathon est une contrainte, soit celle-ci fait partie d’un mode de vie. Si l’hygiène de vie est adaptée à une préparation intense et sérieuse, alors il est tout à fait possible de ne pas faire que ça et de profiter de ses proches. Pendant ma préparation, j’ai participé à un enterrement de vie de garçon, un mariage, et plusieurs dîners entre amis. La réussite d’un marathon commence avant tout dans la rigueur d’un plan qu’on souhaite suivre. Les écarts sont possibles, il suffit de corriger le tir quand on s’éloigne un peu trop de notre ligne de conduite ! J’ai 29 ans, mais quand je dis ça, on dirait que j’en ai 62 (rires) !! 

Le Blog Endurance Shop : Le mot de la fin : Amsterdam, une belle destination pour aller faire un marathon même si on ne vise pas un chrono comme toi ou pas ?
Nicolas Brun : Oui, et puis pour faire la fête c’est aussi une belle destination !

Marathon d'Amsterdam 2018
Marathon d'Amsterdam 2018

Dans la même rubrique

Pin It on Pinterest

Share This