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Guest : Rémi Duchemin, directeur général UTMB® International.

Par la rédaction et avec Gaël Couturier, 4-times finisher de l’UTMB®.
Photos © UTMB® et UTMB® International, Facundo Santana, Daniel Catania.

Dans ce troisième opus, on démarre tout de suite par un sujet qui fâche : le chaos des inscriptions et la difficulté actuelle, chaque année, pour s’inscrire à l’UTMB® Mont-Blanc. Vous allez le voir, ou l’entendre si vous choisissez d’écouter cette interview en podcast (rendez-vous pour cela à la fin du texte), la solution consisterait désormais à aller faire, et à terminer, une des autres courses du calendrier UTMB® International : Gaoligong by UTMB®, Oman by UTMB® ou Ushuaia by UTMB®. Être finisher d’une de ces épreuves donnerait en effet presque automatiquement le droit à un dossard pour prendre le départ à Chamonix. Avouons que c’est plutôt une belle idée ! Plus loin dans la discussion, on apprend aussi que le modèle de course d’UTMB® International est appelé à se développer très fortement dans les années à venir. À quel rythme ? Combien de nouvelles épreuves by UTMB® d’ici 5 ans ? Et où ? Vous allez être surpris, c’est le moins que l’on puisse dire.

Où va l'UTMB®, part III ?
Où va l'UTMB®, part III ?

Gaël Couturier : J’aimerais qu’on revienne sur ce processus d’inscriptions. Je suis plutôt d’accord avec tout ce que tu m’as dit avant Rémi mais il y a quand même des choses qui, je pense, ne fonctionnent pas. Pourquoi ne pas tout simplement faire une loterie comme sur certaines grosses courses de trail aux USA ? N’est-on pas en train d’arriver à la limite du concept des inscriptions telles qu’elles sont proposées aujourd’hui ? Le type qui n’a jamais fait la course, ça le fait rêver, il se coltine ce processus d’inscriptions parce qu’il vaut cocher la case de l’UTMB® dans sa vie. OK. Très bien. Mais celui qui a déjà fait la course une fois, à mon avis, c’est fini. Il ne revient plus. Parce que c’est juste trop compliqué de s’inscrire. Il faut le reconnaître. Entre les courses qualificatives qu’il faut faire, les points qu’il faut récupérer ici et là…. Sans parler que ce système de points il change tout le temps et que, à moins d’être à fond dedans, tu ne comprends rien et ça te désespère à l’avance, avant même que tu essaies de t’inscrire. Mais, à la limite, celui qui a déjà fait l’UTMB® Mont-Blanc il peut maintenant aller sur les autres UTMB® à l’étranger. C’est ça votre but ?
Rémi Duchemin : Tu as raison. Le processus d’inscriptions est complexe. C’est vrai qu’il faut vraiment être motivé pour comprendre comment ce système des points fonctionne, les obtenir dans une période de deux ans, etc….Donc, oui, tout ça est complexe.

Gaël Couturier : On parlait du marathon de New-York la dernière fois et, pour moi tu vois, l’événement souffre des mêmes symptômes : à l’heure d’Internet, d’Airbnb pour le logement, de Skyscanner pour les vols et donc de la très grande liberté de choix que t’offre le fait de pouvoir réserver tes vacances à 100% sur Internet, ce marathon de New-York qui t’impose de passer par un intermédiaire, une agence de voyage, qui te contraint en te vendant un hôtel et un billet avion, c’est quand même insupportable.
Rémi Duchemin : Cela étant, ce système que tu décris, ça ne leur fait pas encore trop de mal à New-York vu le nombre de demandes qu’ils reçoivent encore chaque année…. Mais ce que tu décris c’est aussi la raison pour laquelle Michel et Catherine n’ont pas souhaité cette sélection par l’argent ou avec des tours opérateurs. Michel et Catherine auraient très bien pu dire par exemple que tous les Chinois qui veulent s’inscrire à l’UTMB® doivent passer par un tour opérateur qui vend l’inscription avec le vol, l’hébergement à Chamonix et le ticket d’entrée à 10 000€. Et ils auraient trouvé 300-400 Chinois prêts à débourser cette somme ! Mais ce n’est pas choix qui a été fait. Après, l’histoire de la loterie, sur le principe, c’est en effet beaucoup plus simple, beaucoup plus lisible. Mais est-ce que c’est raisonnable lorsque tu as 150 000 ou même 200 000 demandes d’inscription pour faire l’UTMB® chaque année ?

Gaël Couturier : Mais attend, c’est exactement ce que fait le marathon de Londres qui a lieu chaque année en avril ! Lors du tirage au sort qui s’est déroulé en 2018, ils ont eu 300 000 demandes ! C’est une loterie pure et dure, et ça fonctionne.
Rémi Duchemin : Oui, mais derrière, ils peuvent attribuer 50 000 dossards. Avec 300 000 demandes, ça te fait quand même une chance sur 6 d’être sélectionné. Mais si tu as 200 000 demandes sur l’UTMB et que tu as 2800 places seulement, je te laisse faire le ratio…. Tu peux passer une vie de trailer à attendre d’être tiré au sort. Alors voilà : le système actuel n’est pas parfait. Non. Mais ce système actuel n’est pas figé. C’est à dire que ce n’est pas parce qu’il existe ce système-là aujourd’hui que dans 3 ans, 6 ans, 10 ans il existera toujours comme ça. Je pense qu’il faut qu’on se laisse la liberté de le faire évoluer. Et si, à un moment quelqu’un a une très bonne idée et que ce ne soit pas avec une sélection par l’argent, que ce soit relativement équitable pour tout le monde, et que ça permette d’entretenir un peu la flamme – parce que si tu as 2% de chance d’être sélectionné honnêtement beaucoup passeront leur chemin et iront faire autre chose…

Gaël Couturier : Donc à l’heure actuelle vous n’avez pas trouvé ?
Rémi Duchemin : Non. En effet. Nous n’avons pas encore trouvé la solution pour désengorger ces inscriptions dont tu parles. Mais ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui, si tu es finisher au Gaoligong by UTMB®, à l’Oman by UTMB® ou à l’Ushuaia by UTMB®, tu es quasiment garanti d’être sélectionné au tirage au sort de l’UTMB® Mont-Blanc, dans les deux prochaines années. Voilà, donc ça, c’est quand même un sacré accélérateur de particules ! Je précise aussi que ce système, qui touche à ces nouvelles courses à l’international, ce n’est pas du tout un système fermé non plus : on peut toujours aller chercher ses points à la régulière sur des courses qui n’ont rien à voir avec les trois précités, et tenter sa chance au tirage au sport ensuite. Mais si tu es finisher de celles-ci, grosso modo, en première années tu as deux fois plus de chances d’intégrer la course au Mont-Blanc. Quant à la deuxième année, tu es presque garantie d’avoir un dossard pour Chamonix.

Gaël Couturier : Très bien. Franchement ça me semble plus raisonnable. Mais est-ce que ça veut dire que l’UTMB® Mont-Blanc, et en même temps j’ai l’impression que vous ne pouvez pas vraiment lutter contre, ça reste et ça restera comme la grande finale des triathlons Ironman qui se déroule à Kona chaque année ? Autrement dit, Chamonix serait l’événement de cette grande finale UTMB®. Et est-ce qu’il y a cette volonté-là qui ferait que pour faire l’UTMB® originel de Chamonix, il faudrait que tu te qualifies sur un autre UTMB® ?
Rémi Duchemin : Aujourd’hui, non, ce n’est pas le cas. Je ne dis jamais « jamais » mais ce n’est pas un projet sur lequel on travaille. Pourquoi Ironman et Kona ça fonctionne ? C’est parce qu’ils ont 150 événements à travers le monde (41 full distances et 115 épreuves de 70.3 pour la saison 2019, ndlr).

Où va l'UTMB®, part III ?
Où va l'UTMB®, part III ?
Où va l'UTMB®, part III ?

Gaël Couturier : Oui oui mais attend : au départ ils n’avaient pas 150 des épreuves dans le monde. Ils en avaient une dizaine et ça a toujours fonctionné. Kona a toujours été l’événement phare de la discipline.
Rémi Duchemin : Mais nous, en dehors de Chamonix, on n’a que trois événements ! Le jour où on aura 10-15-20 de ces événements UTMB®, puisque c’est bien entendu l’objectif de continuer ce développement, peut-être qu’on se reposera la question. Est-ce que la dynamique à l’oeuvre aujourd’hui avec ces 5000 courses qualificatives est toujours la bonne ? Ou bien est-ce qu’au contraire, dès lors qu’on aura 20-25 courses réparties sur l’intégralité du globe, on peut imaginer que ce soient ces courses qui deviennent qualificatives pour l’UTMB® Mont-Blanc ? Peut-être. Peut-être pas…

Gaël Couturier : Est-ce qu’on peut quand même en savoir davantage sur vos objectifs de développement ? Est-ce que 10 événements « by UTMB® » ça serait satisfaisant selon toi ? Et ça serait réalisable en combien de temps ? Parce que pour le moment, vous avez monté trois événements en peu de temps quand même. 
Rémi Duchemin : Moi je trouve qu’on a été lent. Mais on a respecté le plan de départ. On est sur un projet assez ambitieux et donc je n’ai pas du tout envie de cramer les équipes à Chamonix. Ça reste une petite équipe. Autant en développement, avec mes équipes, je peux aller trouver des collectivités, des organisateurs qui sont intéressés aujourd’hui pour organiser un événement « by UTMB® ». Je peux en trouver 15-20-25 assez rapidement.

Gaël Couturier : Avec le standard de qualité auquel nous ont habitués les Poletti j’imagine. Parce que ça c’est essentiel quand même non ?
Rémi Duchemin : Oui, justement ! Ce que tu viens de noter, c’est très exactement ce qui nous limite dans la vitesse de développement. Parce que, ce qu’on fait, on veut le faire très bien. Je ne sais si vous aviez les uns les autres suivi les retours concernant le Gaoligong by UTMB®, mais ça a été un événement d’exception ! Les départs, les arrivées, les parcours, les services aux coureurs….tout a été exceptionnel, à un niveau qui est à des années lumière de n’importe quel autre événement qui est organisé aujourd’hui en Asie. Mais ça, ça repose que la capacité de l’équipe à Chamonix, d’accompagner concrètement les organisateurs ou les collectivités qui sont à l’autre bout du monde. Quand tu as par exemple l’organisateur du Oman by UTMB®, qui te dit aujourd’hui j’aimerais parler du programme des bénévoles et bien nous, de notre côté, on structure un programme bénévoles, on leur fait des recommandations, on définit des cahiers des charges…et tout ça, et bien ça prend du temps. Et si du jour au lendemain, on souhaitait créer 10 nouveaux événements dans les 6 prochains mois, il y aurait un risque de surchauffe. Et moi je ne veux surtout pas affaiblir l’équipe à Chamonix pour que derrière, sur l’UTMB® Mont-Blanc, ils commencent à faire un mauvais travail et que l’événement perdre en qualité, et en attractivité. Donc c’est un équilibre si tu veux. Et c’est pas la demande qui manque. Aujourd’hui, on a plein d’organisateurs, plein de pays, plein de gouvernements qui nous sollicitent. Par exemple, en Argentine, on a dealé directement avec le gouvernement argentin, et plus précisément avec le ministère du tourisme. À Oman, même chose : on a dealé directement avec le sultanat. La demande ce n’est donc pas un problème, parce que le potentiel de la marque UTMB®, il est vraiment reconnu au quatre coins du monde. Mais ça ne veut pas dire qu’il faut pour autant faire n’importe quoi. C’est donc essentiel que la qualité de services proposée reste au cœur de nos préoccupations, que la sécurité des coureurs reste notre priorité numéro une, et que d’une manière générale, on fasse les choses proprement comme on aime les faire tant à Chamonix avec Michel et Catherine, que chez moi avec OC sports, en Suisse.

Où va l'UTMB®, part III ?
Où va l'UTMB®, part III ?

Gaël Couturier : Bon mais alors quel est ton objectif en termes de timing. L’Argentine, Ushuaia by UTMB®, ça sera la toute première édition en Avril. Alors dans 3 ans, ou dans 5 ans, tu auras trois nouveaux événements c’est ça ?
Rémi Duchemin : Dans 5 ans ? Dans 5 ans on en aura une vingtaine de plus. 

Gaël Couturier : Une vingtaine de plus ? Ah oui. Carrément. Bon, ben alors ça veut dire que vous allez super vite en fait…non ? Ça fait 4 nouveaux événements par an !
Rémi Duchemin : C’est ça. Ça fait 4 nouveaux événements par an. Mais, si tu veux, c’est possible à partir du moment où on profile l’équipe en conséquence. Jusqu’à présent on avait quasiment pas fait de changement dans l’équipe à Chamonix, mais là on a fait des recrutements, on a structuré l’équipe. Il n’y avait pas pour le moment de directeur de la communication. C’était Catherine Poletti qui pilotait directement la communication, avec ses atouts, ses qualités, et puis ses faiblesses. On vient donc de recruter un directeur de la communication. De mon côté, j’ai aussi recruté une directrice du développement stratégique, parce que jusqu’à présent je n’avais personne pour cadrer ce développement.

Gaël Couturier : C’est qui ? C’est Marie Simmons ?
Rémi Duchemin : Non non, Marie elle travaille plutôt sur l’Ultra Trail World Tour. Ma nouvelle directrice du développement elle s’appelle Cristiana Queirolo et je l’ai débauché de chez RCS, l’organisateur du Giro d’Italia. Elle travaille directement avec moi. Elle a déjà travaillé sur la création de Ushuaia by UTMB®. Elle est aussi en train de travailler sur les États-Unis, et puis dans d’autres pays. À partir du moment où on a validé que notre modèle était bon, et bien on est dans une phase….

Où va l'UTMB®, part III ?
Où va l'UTMB®, part III ?
Où va l'UTMB®, part III ?

Gaël Couturier : Non mais attends, tu me surprends quand même ! Parce que pendant cinq minutes tu m’expliques qu’il ne faut pas aller trop vite, qu’il faut respecter la marque, faire attention à la sécurité des coureurs, etc…et puis après tu m’annonces sans te démonter quatre événements par an. C’est beaucoup Rémi quatre événements par an quand même non ?
Rémi Duchemin : Non. Attends. Tu me disais qu’au cours des trois dernières années on a été rapide. Moi je te dis, non, on a été lent. Et je t’ai expliqué pourquoi on a été lent. On n’avait pas les équipes. Tu sais au début quand tu montes une nouvelle société, la réalité c’est qu’il n’y a personne qui peut prendre le risque de recruter 15 personnes d’un coup. Il faut un minimum de confiance, un minimum de contrats, il faut valider un peu les hypothèses… À partir du moment où aujourd’hui on a validé les hypothèses, j’ai dit aux Poletti qu’on allait s’organiser différemment, qu’on allait recruter des managers seniors pour driver le développement, pour driver le commercial, pour driver la communication, pour driver les opérations, etc… Là on n’est pas encore configuré exactement comme on le voudrait, mais je pense que dans 6 mois, on aura terminé ce travail de structuration. Et une fois que l’équipe sera en place, il n’y a aucune raison pour que la sécurité des coureurs et la qualité des événements soient oubliées parce que, justement, on aura mis les ressources en place.

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