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Il offre à la France une première mondiale : un record du monde dans le décathlon.

Par la rédaction, avec Steve Landells et Quentin Guillon pour l’IAAF. Photos © KMSP

Kevin Mayer ne fait pas que de la course à pied, mais son parcours d’athlé est exemplaire en terme de résilience. Revivez avec nous ce qui s’est passé le weekend dernier quand il a battu le record du monde et a inscrit son nom devant les plus grands décathloniens de la planète, à seulement 26 ans. Le décathlon c’est quoi ? 4 courses : 100 m, 400 m, 110 m haies, 1500 m. Trois sauts : saut en longueur, saut en hauteur et saut à la perche. Trois lancers : lancer de poids, lancer de disque, lancer de javelot. Chaque performance dans ces 10 épreuves est convertie en points, selon un barème officiel. La somme de ces points détermine le classement final…et le record du monde !!!

Aujourd’hui Kevin Mayer est recordman du monde. Quand le champion olympique en titre de décathlon, l’Américain Ashton Eaton croise Kevin à Rio, en 2016, juste après leur 1500 mètres, il lui susurre ses quelques mots doux : « Je t’aime. J’ai adoré me battre contre toi ». Kevin avait pris la médaille d’argent derrière la star US, en le poussant dans ses derniers retranchements. 4 ans plus tard, à Londres, Ashton Eaton parvient encore une fois à défendre son titre, totalisant 8893 points. Mais Mayer est là encore en embuscade, avec 59 petits poins de moins que son illustre cadet. C’est la meilleure performance française de tous les temps et la 6ème meilleure performance mondiale, plus fort que les légendes Erki Nool ou Bryan Clay, respectivement champions olympiques de 2000 et 2008. « Je savais que je pouvais faire ces 8834 points un jour mais je n’étais vraiment pas sûr d’en être capable cette année » avait alors déclaré le champion français avant d’ajouter : « on se rapproche du décatlon parfait et à ce niveau-là, c’est très très dur ».
Kevin Mayer, recordman du monde du décathlon

L’histoire d’un champion marqué par la résilience. Et le fun.

3ème plus âgé de 4 frères, Kevin Mayer grandit dans une atmosphère sportive. Son père et sa mère sont doués, et évoluent chacun à un niveau national dans le ski et le tennis. Quand à l’un de ses frères, Sébastien, c’est un de nos meilleurs skieurs freestyle actuels. Kevin, lui, pratique le tennis, le rugby et le handball. Il est doué mais s’ennuie. La nature répétitive de ces entraînements dans ces sports le lasse. Il fait de l’athlétisme dès 14 ans, des courses de demi-fond et du saut en hauteur. « Quand j’ai commencé à m’entraîner en athlétisme, pour plusieurs compétitions à la fois, j’ai trouvé ça beaucoup moins ennuyeux que tout ce que j’avais fait auparavant ». Il ajoute : « Je ne voulais pas faire une seule discipline, c’est pourquoi je me suis mis à faire du décathlon ». Grâce à des capacités physiques importantes et une facilité d’apprentissage des gestes techniques, Kevin fait de rapides progrès. En 2008, à 16 ans, il part à Montpellier pour rejoindre l’entraîneur Bertrand Valcin. En moins d’un an, il est champion du monde en U18, les moins de 18 ans dans les huit disciplines que comporte l’octathlon. « Je ne m’attendais pas du tout à remporter cette épreuve, se souvient-il. Je voulais juste y participer. Mais c’est là que j’ai réalisé que j’étais né pour faire ce type de compétition ». Toujours sous l’oeil avisé du coach Bertrand Valcin, Kevin Mayer devient champion du monde des U20, dans le décathlon cette fois, l’année d’après seulement, à Moncton, au Canada. 12 mois plus tard, il est sacré champion d’Europe junior. À 20 ans, il fait un étonnant record personnel à 8447 points, un mois à peine avant les JO de Londres 2012, prouvant qu’il pouvait espérer une médaille pour son entrée dans les jeux olympiques. Malheureusement, il fait une contre performance et termine 15ème, avec 7952 points. « Bien sûr je voulais une médaille mais je n’étais pas encore prêt. Je n’avais pas assez d’expérience pour me battre à parts égales avec les meilleurs seniors du monde. Je n’étais pas prêt pour les JO ». Mais Kevin Mayer ne renonce pas et plutôt que de se sentir abattu par une telle défaite, il s’en sert pour apprendre, et rebondir. « J’avais pas mal de pression et de doutes avant ces JO de Londres mais après coup je me suis dit de ne pas m’inquiéter, car j’étais prêt ». Toujours à l’écoute de son coach, capable de s’adapter rapidement, Kevin Mayer a toujours été un élève qui apprend vite.

Kevin Mayer, recordman du monde du décathlon

En 2013, il termine 4ème aux championnats du monde à Moscou, à peine 66 petits points d’une place sur le podium. L’année d’après, il gagne la médaille d’argent aux championnat d’Europe de Zurich, en Suisse. En travaillant avec Jérome Simian, un de nos meilleurs coach dans le renforcement musculaire, Kevin améliore ses qualités de puissance, notamment en sprint. Pressenti pour une belle médaille aux championnats du monde de Beijing en 2015, il se blesse à 15 jours de la compétition, un muscle étiré. Il est contraint à l’abandon. Fâché, il se dit en lui-même que les JO de Rio seront son prochain terrain de chasse, là où il prendra sa revanche et montrera au monde entier de quoi il est capable. De retour à Montpellier, il se blesse une fois de plus, à la cheville cette fois et doit annuler sa participation aux championnats du monde indoor de Portland 2016, aux USA. Rio est toujours dans sa ligne de mire. Il n’a qu’un seul objectif : faire une médaille. Il déclare : « Je savais que ça allait être très dur mais je voulais absolument une médaille, peu importe la couleur. Je savais que je pouvais faire un podium. C’était tout ce que je voulais ». Grâce à une belle série de PB, Personal Best, autrement dit meilleures performances personnelles, il met à Rio une grosse pression à l’Américain Ashton Eaton, jusque-là invincible depuis cinq années de domination totale. « J’ai réalisé ce que j’avais accompli avec ma médaille d’argent de Rio quand j’ai vu mes trois frères pleurer comme des bébés ! » dira Mayer. « Partager ça avec les gens que j’aime a été vraiment fort émotionnellement » ajoute-t-il alors.

Aujourd’hui, à 26 ans, Kevin Mayer, 1m85, est le prochain grand de cette discipline. « Je vais continuer à faire de mon mieux et je ne sais pas où je vais m’arrêter. Quand Ashton Eaton annonce sa retraite en début de cette année, Kevin déclare : « D’autres athlètes me poussent à me dépasser. Je comprends parfaitement sa décision. Il m’a beaucoup inspiré ces cinq dernières années. Grâce à lui, je me suis dépassé ». Et quand on l’interroge sur ce qu’il a répondu à Eaton quand il lui a dit « je t’aime », Kevin déclare « Je lui ai répondu que c’était réciproque ! ».

Kevin Mayer, recordman du monde du décathlon

Dimanche dernier, il bat le record du monde, comme Kipchoge.

À Talence, près de Bordeaux, lors d’un meeting, Kevin Mayer bat donc le record du monde avec un score de 9126 points. Ce jour-là, Eliud Kipchoge bat le record du monde du marathon avec son effarant chrono de 2h01’39 » au marathon de Berlin.

Après une journée solide le samedi où il score 4563 points, 140 points de retard par rapport à Ashton Eaton quand il établi son record du monde à Beijing en 2015, Kevin Mayer reste confiant. Il est connu pour faire de très belles performances le second jour du décathlon. Champion du monde indoor, Kevin est poussé par son adversaire Allemand Arthur Abele. Mais Kevin s’impose sur le 100 m haies en 13’75 », à 0.04 » de son record personnel réalisé à Paris plus tôt cette année. « C’était dur ce matin, déclarera-t-il après son sacre. La course m’a semblé plus longue que d’habitude et puis cet Allemand à ma droite n’avait de cesse de me rattraper. J’ai vraiment tout donné ». Ce à quoi  Arthur Abele répondra : « C’était une belle confrontation. Cette course était vraiment très très cool ». Au lancer de disque, Mayer démarre à 46.41 m avant de réaliser 48.72 m puis 50.54 m, presque deux mètres de moins que son record personnel mais néanmoins le lancer le plus fort du jour. Le saut à la perche, discipline critique pour un bon nombre de décathlonien, était légitimement redouté. Mais là encore Mayer assure les points : 5.05 m, 5.15 m, 5.25 m, puis 5.35 m et 5.45 m. après un premier échec à 5.55 m il préfère s’économiser pour la suite des réjouissances et en reste là pour cette discipline. Après 8 épreuves, son score est déjà de 7503 points. « On peut peut-être commencer à parler de record du monde là non ? » déclare-t-il. Au javelot, il réalise 71.90 m, un mètre de plus que son PB, son record personnel. Avant la dernière épreuve, il a déjà accumulé 8421 points. Il a besoin de réaliser moins de 4’49 » au 1500 mètres pour battre le record du monde. Son PB sur la distance est 31 secondes de moins que ce chrono-là. Épuisé mais encouragé par une foule énergique, il se dépasse et court le 1500 en 4’36 », réalisant alors 9126 points et améliorant le précédent record du monde d’Eaton de 81 points, la plus grosse amélioration dans ce sport du décathlon pour un record du monde depuis 1999 et l’ajout de 103 points de Tomas Dvorak. « J’attends ce moment depuis longtemps » a simplement déclaré Kevin Mayer qui est le premier français à battre un record du monde dans la discipline du décathlon. « On vit et on s’entraîne pour des moments comme celui-là, a-t-il ajouté. Je ne pouvais plus pleurer, je n’avais plus de larmes. J’avais déjà tellement pleuré avant ce 1500 mètres ».

Plus tard, l’Américain Ashton Eaton tweetera : « Tellement de talent c’est fou ! Je suis super content pour Kevin et encore plus pour le futur de ce sport du décathlon qui est entre de bonnes mains. Ce qui a toujours été important pour moi c’est de repousser les limites et être une source d’inspiration pour les autres. Plus on aura des scores au-delà des 9000 mieux ça sera ! ».

Kevin Mayer, recordman du monde du décathlon

Qui est Kevin Mayer ?

Né le 10 février 1992.

Son coach est Bertrand Valcin.

Aujourd’hui, il est le premier athlète au monde à avoir gagné des championnats du monde dans des épreuves combinés à la fois en U18, U20 et en senior.

Ses PB, meilleurs résultats sont :

100 m : 10.55 (0.3m/s) à Talence 2018
Saut en longueur : 7.80m (1.2m/s) à Talence 2018
Poids : 16.51m à Paris 2018
Saut en hauteur : 2.10m (indoor) à Aubiere 2010 / 2.09m à Brussels 2012
400 m : 48.26 à Londres 2017
110 m haies : 13.71 à Paris 2018
Disque : 52.38 m à Ratingen 2018
Saut à la perche : 5.60m (indoor) à Rouen 2018 / 5.45m à Talence 2018
Javelot : 71.90 m à Talence 2018
1500 m: 4:18.04 à Brussels 2012

Heptathlon : 6479 à Belgrade 2017
Decathlon : 9126 à Talence 2018

Pour la petite info, voici la progression du décathlon mondial :

8622 Daley Thompson (GBR) Götzis, Mai 1980
8649 Guido Kratschmer (FRG) Filderstadt-Bernhausen, Juin 1980
8704 Daley Thompson (GBR) Götzis, May 1982
8723 Jürgen Hingsen (FRG) Ulm, Août 1982
8743 Daley Thompson (GBR) Athène, Septembre 1982
8779 Jurgen Hingsen (FRG) Filderstadt-Bernhausen, Juin 1983
8798 Jurgen Hingsen (FRG) Mannheim, Mai 1984
8798 Daley Thompson (GBR) Los Angeles, Août 1984
8891 Dan O’Brien (USA) Talence, Septembre 1992
8994 Tomas Dvorak (CZE) Prague, Juillet 1999
9026 Roman Sebrle (CZE) Götzis, Mai 2001
9039 Ashton Eaton (USA) Eugene, Juin 2012
9045 Ashton Eaton (USA) Beijing, Août 2015
9126 Kevin Mayer (FRA) Talence, Septembre 2018

Les 10 meilleurs décathloniens de tous les temps

9126 Kevin Mayer (FRA) Talence, Septembre 2018
9045 Ashton Eaton (USA) Beijing, Août 2015
9026 Roman Sebrle (CZE) Götzis, Mai 2001
8994 Tomas Dvorak (CZE) Prague, Juillet 1999
8891 Dan O’Brien (USA) Talence, Septembre 1992
8847 Daley Thompson (GBR) Los Angeles, Août 1984
8832 Bryan Clay (USA) Eugene, Juin 2008
8815 Erki Nool (EST) Edmonton, Août 2001
8795 Damian Warner (CAN) Götzis, Mai 2018
8790 Trey Hardee (USA) Berlin, Août 2009

Kevin Mayer, recordman du monde du décathlon

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