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100 marathons sur 4-5 ans aux quatre coins du monde. Respect.

Par la rédaction. Propos recueillis par Gaël Couturier. Photos © Collection personnelle de Laurent Masset.
Un vrai boulot, une famille, un équilibre. Une vie normale quoi. Vraiment ? Oui bon, une femme et des enfants compréhensifs aussi. C’est vrai. Mais sinon, tout pareil. Normal le gars. Vraiment. Juste une passion plus dévorante que la vôtre sans doute. Ça fait réfléchir.
Laurent Masset, une frénésie de marathons
Laurent Masset, une frénésie de marathons
Laurent Masset, une frénésie de marathons

Le blog Endurance Shop : première question, assez évidente : pourquoi avoir réalisé ces 100 marathons sur une période aussi courte (4-5 ans si j’ai bien compris) et aux 4 coins du monde aussi  ? Qu’est-ce qui s’est passé dans votre vie pour soudainement avoir envie de réaliser ce défi un peu « fou » ? Vous avez fait une crise de la quarantaine ? Quelle a été la motivation de départ ?

 

Laurent Masset : J’ai couru mon 1er marathon en octobre 2009, à Lausanne à la suite d’un pari avec un copain alors que j’étais encore footballeur et plutôt habitué à courir des semi. J’en avais fait jusqu’alors une vingtaine, environs, et quelques trails courts aussi. J’avoue qu’au terme de ce 1er marathon terminé en 4h26′, avec de nombreuses douleurs musculaires à la fin, je ne pensais vraiment pas en recourir d’autres. Mais c’est aussi à ce moment-là que j’ai décidé de raccrocher les crampons, surtout que j’avais déjà eu deux ruptures des ligaments croisés. Alors j’ai remis ça l’année suivante : au Mont Saint Michel d’abord, puis sur le Nice-Cannes ensuite, où je suis descendu pour la 1ère fois sous les 4 heures (3h50′). Je n’avais pas de problème en ce qui concerne la récupération. Tout allait très bien. Puis vint l’année 2011 et ma rencontre avec des membres de courirlemonde.org, un site de coureurs fous de courses, essentiellement des marathoniens aguerris comme par exemple Olivier Meslier (250 marathons à ce jour) ou Pascal Comte (recordman de France avec 470 marathons aujourd’hui). Je me rappelle avoir posté à l’époque, sur ce site, un récit de mon marathon de Vienne où j’étais descendu sous les 3h45 pour la première fois mais c’est au marathon de Sauternes, un marathon particulièrement festif, que j’ai rencontré ces fous furieux. Ils m’ont alors tout de suite communiqué le virus du marathon. Que ce soit en France, en Europe ou partout ailleurs dans le monde, il y avait toujours un ou plusieurs CLM – comme on surnomme parfois les coureurs de Courir le Monde – sur tel ou tel marathon. C’est toujours l’occasion de se retrouver la veille de la course pour une bonne pasta party entre nous, voire carrément un after autour d’une bonne bière. Bref, on finit par ne plus jamais courir tout seul sur un marathon !

 

Le blog Endurance Shop : Ça a l’air sympa votre affaire en effet ! Mais comment fait-on pour conserver sa motivation pour faire tous ces marathons ? J’imagine que vous passez par des moments où vous avez moins envie de courir et de faire – encore et encore – des marathons…non ?

 

Laurent Masset : C’est l’année 2012 qui a déclenché cette frénésie de marathons chez moi. C’est à ce moment-là que je suis passé sur l’ultra (tout ce qui est au-delà du marathon, NDLR) avec l’objectif de faire les 100 km de Millau. J’ai ainsi choisi de ne faire qu’un marathon par an avec un objectif chronométrique et, pour les autres marathons, de m’en servir plutôt pour préparer des ultras. J’ai fait les 100 km de Belvès en 2014, le Grand Raid du Morbihan en 2015 – 177 km en 25h27, le Quadrathon d’Irlande à Inishoween en 2016 et ses 4 marathons vallonnés en 4 jours et le Graal de tout ça pour moi, en 2017 : l’Ultrathlétic Ardèche avec 208 km et 4 000 km de D+.

 

Le blog Endurance Shop : Ah oui vous n’y allez pas de main morte vous !

 

Laurent Masset : J’ai très vite couru une vingtaine de marathons par an, la plupart entre 3h45 et 4h15, parfois 2 dans le même week-end, parfois en accompagnant des néo-marathoniens voire même la joëlette des Dunes d’Espoir, à Nice. J’en ai fait des festifs pour m’amuser (toujours avec modération…) comme au Beaujolais ou à Blaye, en remportant aussi parfois au passage des prix pour le meilleur déguisement. Mais tout cela, je l’ai toujours fait dans l’optique de « borner » comme on dit. Je cherchais à faire des bornes donc pour mes ultras parce que pour moi il a toujours été plus motivant d’accrocher un dossard sur son torse que de courir en solitaire le week-end dans la campagne – même si je le fais souvent bien sûr.

 

Le blog Endurance Shop : Au bout d’un moment, on imagine sans mal que courir un marathon devient comme faire un 10 km pour un débutant ou un coureur lambda disons. Avez-vous suivi une préparation particulière pour être capable d’enchaîner plusieurs marathons par semaine, voire même par weekend ?

 

Laurent Masset : Effectivement, avec l’accumulation des kilomètres, et donc des marathons, il est plus facile de les enchaîner. Cependant, je reste constamment à l’écoute de mon corps afin de ne pas me blesser ou de tomber dans le surentraînement. Je monte progressivement le kilométrage hebdomadaire lorsque je prépare un ultra par exemple. Je passe de 60 km par semaine, car une semaine normale pour moi c’est 5 sorties par semaine, à 120-130 km quand je suis au pic de ma préparation. C’est sans nul doute grâce ce kilométrage, qui peut déjà sembler élevé au néophyte mais qui est normal pour un coureur d’ultra, que je peux faire autant de marathons rapprochés. J’ai bien conscience que cela peut parfois « choquer » certains mais je dis toujours que je ne vise pas systématiquement un chrono particulier et que je privilégie avant tout l’expérience. De plus, le fait de maintenir l’objectif d’un marathon rapide par an me permet de faire une préparation spécifique qui me change des ultras. Ainsi, j’écarte la fatigue psychologique, que l’on a parfois tendance à omettre mais qui est tout aussi destructrice que la fatigue physique. C’est dans cette optique que j’ai préparé sérieusement le marathon de Chicago en octobre 2016 que je rêvais de faire depuis toujours, un peu plus d’un mois après mes 4 marathons irlandais, avec une ultime répétition lors du marathon de Tours (3h52) 15 jours avant. Résultat : à Chicago je cours en 3h31. A 83 petites secondes de mon record sur l’épreuve.

 

Le blog Endurance Shop : Quid des blessures alors ? N’avez-vous jamais été blessé ? Comment avez-vous fait pour passer au travers quand tant de coureurs se blessent régulièrement ?

 

Laurent Masset : J’ai toujours été préservé des blessures, c’est vrai, à l’exception d’une bursite sous le 2ème métatarse en juin dernier qui m’a fait abandonner l’Ultra-Marin. Peut-être que j’ai de la chance, un organisme prédisposé ou bien c’est la résultat de l’expérience accumulée. Je ne le sais pas moi-même. Notez que je m’octroie quand même 2 pauses annuelles de 10 jours environ sans course à pied pour régénérer le corps et l’esprit.

 

Laurent Masset, une frénésie de marathons
Laurent Masset, une frénésie de marathons

Le blog Endurance Shop : Question matériel, vous devez certainement être un vrai connaisseur. Quelles sont vos marques préférées et, surtout, expliquez-nous pourquoi ?

 

Laurent Masset : Niveau chaussures ces sont des Brooks, encore des Brooks, toujours des Brooks. J’utilise la Cascadia ou la Caldera pour le trail et la Glycerin ou la Launch pour la route. Parfois je prends aussi des New Balance mais cela dépend des modèles. Pourquoi je suis fidèle à Brooks ? À force d’acheter 3 paires par an dans divers modèles et marques de Saucony à Inov 8 en passant par Mizuno ou encore Asics, je me suis fixé sur Brooks pour ce confort inégalé, la très bonne résistance à l’usure et le poids modéré des modèles choisis que j’ai précités. Côté textile, j’ai tellement eu de t-thirt de finisher sur les marathons que je n’en ai jamais acheté à part des 1ère couches peut-être et des vestes pour l’hiver aussi. Pour les premières, ce n’est que mon avis mais moi je reste fidèle à X-Bionic pour leurs qualités sans faille.

 

Le blog Endurance Shop : Question facile pour vous maintenant: quels sont les 10 plus beaux marathons au monde que vous nous conseillez et pourquoi ?

 

Laurent Masset :

 

– Lausanne (je l’ai fait 2 fois) pour son magnifique décors entre les vignobles des Côteaux de Lavaux, le Lac Léman et les Alpes.
– Chicago pour son public délirant.
– La Nouvelle-Orléans pour son parcours génial à travers le French Quarter et le Lac Pontchartrain
– Miami pour sa traversée magique le long d’Ocean Drive à Miami Beach, le long des palmiers jusqu’à Coconut Grove, l’un des plus vieux quartiers de la ville.
– Zélande , aux Pays-Bas, entre mer du Nord et dunes, parfois sur le sable. Très dur mais si beau.
– Saumur, le marathon de la Loire, où l’on court le long de la Loire au pied des maisons en tuf.
– Givry, le marathon des vins de la Côte Châlonnaise, un jeune marathon festif où l’on peut déguster des œufs meurettes, des escargots de Bourgogne avec du Mercurey. Le tout dans un paysage de vignobles somptueux.
– Le Beaujolais, un incontournable comme pour le Médoc, mais plus humain, plus beau car au milieu des collines et je refais en novembre cette année d’ailleurs. Je suis invité par l’organisateur, André Monier, qui invite ainsi, tous les ans, les « centenaires » en marathons.
– Barfleur, un jeune marathon, pour la beauté sauvage de ses paysages au bord de la Manche.
– Marine Corps Marathon, à Washington : une émotion incroyable où sont célébrés tous les Marines tombés au combat. L’un des très rares, et peut-être le seul, où la majorité des coureurs sont des femmes : veuves ou filles qui courent en mémoire de leur mari, fiancé ou père disparu. Avec une arrivée inoubliable au cimetière d’Arlington, au pied du Mémorial d’Iwo Jima.
– Bruxelles, pour ces belles demeures, son parc de Tervuren et le passage magique sur la Grand’Place.

 

Le blog Endurance Shop : Qu’est-ce que cette expérience de tous ces marathons vous a apporté finalement ?

 

Laurent Masset : Incontestablement, toute cette expérience emmagasinée année après année m’a apporté un équilibre physique – je n’ai pas de problème de poids évidemment – une confiance en moi et un bien-être moral qui est un palliatif naturel et très efficace face au stress professionnel. Tout ça c’est un excellent exutoire à la pression, d’où qu’elle vienne.

 

Laurent Masset, une frénésie de marathons
Laurent Masset, une frénésie de marathons

Le blog Endurance Shop : Vous en êtes où aujourd’hui ? Vous courez toujours autant ? Vous avez d’autres défis ?

Laurent Masset : Après 2 mois et demi d’arrêt cet été à cause de cette bursite au pied, j’ai repris l’endurance fondamentale et le travail en côte. J’ai préféré annuler ma participation au dernier marathon de Rouen mais je viens de m’inscrire à celui de Seine-Eure, avant de faire le Beaujolais et Sully sur Loire pour finir l’année en beauté. Ça fait une dizaine de marathons seulement en 2018 au lieu d’une vingtaine comme à chacune de ces dernières années. Mais je recommencerai dès début janvier 2019 avec le marathon de Cernay dans les Yvelines ! À priori, je ne sais pas encore à la date d’aujourd’hui si je ferai un ultra en 2019. Peut-être le Grand Raid du Morbihan pour passer sous les 23 heures. Ça me tente bien. Par contre, l’autre grand objectif serait de faire le marathon des Sables. Mais  là-aussi, à préparer très en amont pour des raisons professionnelles et de logistique. De toute manière, ce ne sont pas les belles épreuves qui manquent dans la course à pied.

Le blog Endurance Shop : Les gens autour de vous, vos enfants aussi peut-être, vous leur dites quoi quand ils vous interrogent : vous essayez de les motiver à courir ou pas ?

Laurent Masset : J’ai la chance d’avoir une épouse compréhensive qui coure elle-même dans le même club que moi à l’ASM Maule dans les Yvelines. Elle comprend donc l’investissement chronophage que représente une préparation d’ultra. Elle m’accompagne également sur certains marathons lointains comme elle l’a fait à Long Beach ou Phoenix, où elle y a d’ailleurs couru son 1er semi. Mes filles sont également venues à Washington où elles ont fait le 10 km pendant que je faisais le marathon.

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